La cité des bons vents (du 24 avril au 9 mai)
Match serré à Cordoba !
Nous voici à Cordoba, ville que nous avions côtoyée en septembre dernier en en faisant soigneusement le tour sur notre route vers les baleines. A l’époque, nous étions inquiets de louper nos précieux cétacés et après un long moment passé à Salta, nous avions plus envie de découvrir les hauteurs des sierras cordobèses que la ville en elle-même. Nous y revenons pour des détails pratiques ainsi que pour visiter le centre-ville, un des rares en Argentine à présenter quelques édifices historiques. Tout cela se fait au pas de course. Et oui, souvenez-vous dans l’épisode précédent, l’administration consulaire française argentine dépassait toutes nos espérances – et de loin la compétence du consulat de Santiago – en nous proposant un rendez-vous ultra rapide pour renouveler le passeport de Manon. Premier jour, nous arrivons tard mais trouvons un fabricant d’acrylique qui nous fait en vitesse une vitre latérale pour Hari. On fait aussi le plein de fruits et légumes, eau, nourriture assez efficacement. Youpi.
Manohé 1 – Cordoba 0.
On file ensuite voir le seul et unique fabricant de camping-car d’Argentine que nous connaissons pour aller chercher des pièces de rechange et espérer dormir sur son parking. Perdu, il vient de fermer. On finit dans le quartier militaire, devant la seule et unique usine de fabrication d’avions d’Argentine. Clin d’œil rigolo pour moi qui me suis rendu pendant 10 ans à celle d’Airbus mais bon, pas très glamour, c’est comme si je dormais sur le parking de Saint Martin du Touch pour les connaisseurs. La nuit est atroce avec un trafic incessant.
Manohé 1- Cordoba 1
Le lendemain, le fabricant de camping-car nous accueille, adorable et nous fournit de quoi coller notre vitre latérale, remplacer les verrous de porte de placard et réparer des caches extérieurs. Efficace, rapide et pas cher du tout, wifi dans le camping-car en attendant. Direction Ford maintenant.
Manohé 2 – Cordoba 1
Arrivés chez Ford, pas de pare-brise pour notre modèle de Ford Transit, ils ne travaillent que la nouvelle version. Faudra voir à Buenos Aires… Je cherche aussi un filtre à gasoil et là ils ont le bon modèle selon eux. Je l’achète, le remplis de diesel et au moment de le monter sur un coin de leur parking, ça ne rentre pas ! Je retourne tout penaud les voir mais ils ne comprennent pas non plus et … me remboursent la pièce sortie de son emballage et pleine de gasoil ! Là, j’ai failli prendre un bon but dans la lucarne mais le score reste là où il en est grâce à leur geste. Ils m’envoient chez le fournisseur officiel de filtres à gasoil de Cordoba. On fait encore un bon tour de la ville et on finit par y arriver. Là, je passe 30 minutes avec 2 mécanos à sortir tous leurs filtres et on finit par comprendre: mon modèle européen est un véhicule ‘”ancien” au standard de l’Argentine mais avec un moteur “récent” donc soit ils ont un filtre qui se monte mais pour des moteurs qui ne sont pas “common rail” (maman, saute ce paragraphe, c’est pas grave, c’est pour les puristes…), soit ils ont les filtres qu’il faut pour mon moteur délicat (no comment) mais ils ne se montent pas. Tuile, va falloir réfléchir. Hélène a passé la journée enfermée dans le camping-car à gérer les zozos et la logistique entre parking de concessionnaire et double-file dans des avenues passantes. On encaisse.
Manohé 2 – Cordoba 2
Côté positif, à ce stade du match, il nous reste la fin d’après-midi pour visiter le centre-ville. On arrive pile à temps pour une superbe visite guidée du quartier historique jésuite de la ville, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité.
La conférencière est très intéressante, les bâtiments très beaux et on a la chance d’assister à la répétition d’une chorale dans l’église, magique. La conférencière présente un aspect original de l’histoire argentine: l’immigration noire, entendez la traite des nègres en langage européen. Ils furent utilisés comme esclaves par les jésuites pour la construction de leurs estancias destinées à libérer les indiens, guarani notamment, du semi-esclavage imposés par les colons espagnols, on appréciera. Ils forment une population niée par les argentins dans la formation de leur peuple alors qu’ils constituaient 50% de la population de Cordoba au XVIIIème siècle. Les livres d’histoire argentins, nous explique-t-on, évacue la question du devenir des descendants d’esclave en deux lignes: les noirs ont été utilisés en première ligne pendant les guerres d’indépendance (en échange de la promesse de leur liberté, ça rappelle une autre histoire sur le même continent) et ceux qui n’y ont pas laissé leur peau (femmes et enfants notamment) sont tous morts lors des épidémies qui ont lieu quelque temps après. Simple et efficace, pas de sang noir, que du sang italien ou espagnol. On nous explique aussi que récemment des centaines de poteries zoomorphes ont été trouvées sur les bords du rio Parana. Devant leur datation (XIXième siècle) et leurs formes ne présentant aucune similitude pré-colombienne ou indienne, on décida que c’était une farce de la population locale! Il a fallu une équipe d’archéologues étrangers pour démontrer la concordance avec les poteries du Ghana. Le département d’archéologie de Buenos Aires refuse toujours, nous dit-on de reconnaitre cette découverte et c’est à Cordoba que nous pouvons les voir, la cité surnommée “la docte” cultivant son indépendance d’esprit et son ouverture. Autre chiffre, un sondage a été fait dans la région de Cordoba pour savoir quel pourcentage de la population reconnaissait une ascendance noire. La réponse fut 1% et les études génétiques donnèrent 8%. Encore un pays qui peine à faire la paix avec son histoire; l’esclavage qui l’a enrichi et l’élimination des populations locales. Combien de génocides l’Europe et ses descendants a-t-elle commis sur la planète ? Certains ont résisté (quechuas, guarani, mapuche) mais combien ont disparu: alakakufe, onas, tehuelche…? Nous aurons appris dans cette année de voyage que la colonisation de ce continent s’est beaucoup plus faite sur l’éradication de la culture et de la population locale que sur la cohabitation et le partage. Cowboy Malboro ou gaucho patagonien, même combat: table rase sur le passé et ses habitants, on construit des mythes confortables à grand chapeau pour éviter de regarder dans la glace ce que nous avons été et continuons à être économiquement au travers de nos milliers d’ha de terres rachetées, de nos usines, nos mines d’or et de cuivre polluant la terre des autres, nos milliers d’hectares de terres rachetées : des colons.
Tiens, je me suis égaré. Hum, hum, je disais donc que cette parenthèse culturelle nous avait hautement intéressés. Ainsi on s’approche de la prise du score par les Manohé mais reste que nous sommes mardi soir… Le rendez-vous dans la capitale est jeudi à 14h30, à 800 kms de là. Deux nouvelles sont tombées par ailleurs: d’une part nous sommes invités ce week-end à San Antonio de Areco, à 100kms au Nord de Buenos Aires, dans la maison de campagne de Cristina et José, un couple “porteño” (habitant de Buenos Aires) rencontré dans les Andes et d’autre part les hédonistes, avec qui nous avons beaucoup échangé sur Toulouse avant leur départ puis ensuite par mail viennent de rallier l’Amérique du Sud. Conciliabule, organisation, on mitonne une solution au petits oignions donc qui va forcément échouer: on roule en partie ce soir, on rallie San Antonio en une journée, Manon et moi prenons le bus jeudi matin pour Buenos Aires, on retrouve sur place les hédonistes à leur bivouac et ils nous ramènent à San Antonio le soir même. On a fait ce qu’il fallait faire, on a même visité le centre-ville et on part motivés.
Manohé 3 - Cordoba 2
Mais on part de nuit, ce qu’on adore. Va t-on tordre le cou au proverbe “Bivouac trouvé de nuit, bivouac pourri” ? Et bien non, une belle station service Esso, pourtant choisie à l’écart de la route principale mais qui est un repère de routier. Nul, bruyant, sale. Ah la tradition !
Manohé 3 – Cordoba 3
Le lendemain est une longue ligne quasi droite de 600kms où les enfants seront étonnamment agréables vu la longueur de l’étape. On arrive même à temps pour prendre les billets de bus et se trouver un coin pénard pour la nuit et la journée qu’Hélène passera seule avec la tornade Noé. Fin du match. On souffle, pas mécontents du score finalement. On va pouvoir maintenant profiter de l’air de la campagne avant de replonger dans la Ville avec un grand V.
Un ptit tour à deux
Comme disent les gônes (je ne sais pas si vous nous lisez, Maud et Seb mais on vous fait la bise). Je pars donc en ce jeudi matin en bus direction Buenos Aires, ma pitchoune sur les genoux, son passeport périmé et 115 pesos en poche selon la demande consulaire. Manon a préparé son petit sac à dos avec petits livres, crayons de coloriage, poupée et “petshop” (je sais pas comment ça s’écrit, je préfère d’ailleurs le nom que Noé leur a donné: les ketchup ). Elle est toute excitée par l’expédition.
Le bus argentin ne faillit pas à sa réputation: super confort et film violent pour tout le monde (entre El Chalten et El Calafate, avec les grands-parents, il avait fallu aller voir le chauffeur car ils projetaient un film d’horreur, “Saw quelque chose”, volume à fond). Là, c’est film de vampire avec têtes coupées, chiens mutants, karaté et scène semi-sexuelle (Blade Trinity pour les amateurs). Bon. Je tente l’activité coloriage mais impossible de détourner les yeux de Manon de l’écran. Elle adore et trouve ça super chouette. Même pas peur, me dit-elle ! Alors j’opte pour l’activité “explication de texte”: qu’est-ce qu’un vampire ? Qu’est-ce que ça mange ? Et là qu’est-ce qu’il dit ? Et pourquoi ils explosent quand on leur met de grands coups de savate ou des balles en argent dans le baba ? Finalement, c’est très bien que ce soit en espagnol, je peux changer les paroles et adapter le discours. Je lui cache les yeux quand nécessaire et non Manon, si la jeune fille soupire beaucoup, c’est qu’elle dort et qu’elle fait un cauchemar, surement parce que le monsieur, au lieu de dormir à côté d’elle, tient à dormir sur elle, ce qui n’est pas très confortable pour la demoiselle. Mais ne regarde pas car le réalisateur va peut-être nous montrer ce qu’est son cauchemar et ça va faire peur. Oui, promis, je te préviens quand elle a finit de soupirer. Bref, deux heures éducatives sur l’ail, l’argent, les crucifix, la position des canines dans la dentition, les UV, etc..
Nous arrivons à Buenos Aires sur le coup des midi et partons en recherche d’un petit restaurant en amoureux. On trouve un endroit super avec raviolis au potimarron et parmesan ainsi que poulet aux légumes et aux purées tricolores. De la cuisine, un peu recherchée et pour un prix modique, ça nous change des cartes argentines proposant steack pané (“milanesa”) – frites ou “choripan” (sandwich à la saucisse). Tout plat présentant une trace de légumes étant rare dans ce pays, nous nous trouvons fort à notre aise, d’autant qu’un petit flan maison vient parachever le tout.
Nous sommes ensuite reçus avec un grand sourire, beaucoup d’attention et de compétence par l’agent consulaire, Hélène de son prénom (y’a pas de hasard dans la vie), histoire que mes lieux communs débités à Santiago sur le fonctionnaire français volent en éclat (voir lien plus haut). Bien fait pour moi. Comme toujours, tout n’est affaire que de personne et jamais d’organisation, de peuple ou de culture. Merci pour le passeport et pour la piqûre de rappel.
Il va falloir maintenant patienter 2 à 3 semaines qu’il va nous falloir combler on ne sait comment. En attendant, on file faire une commission pour nos amis les Géonautes qui cherchent à reconduire leur assurance véhicule. Chou blanc. Manon me demande si en disant qu’elle est une amie de Diane, la fille des Géo, cela peut aider le vilain monsieur des assurances a accepter ce que je lui propose. Non, ma chérie, ça n’aidera pas mais c’est gentil de proposer. Après un café hors de prix dans un joli bar (12 pesos, soit plus de 2 euros, bienvenu à Buenos Aires), on rejoint les hédonistes, Isa et Seb ainsi que leurs enfants Léa et Armand, à leur (futur nôtre) bivouac du quartier chic de Puerto Madero. Retrouvailles assez folles. La dernière fois qu’on s’était vu, c’était à Toulouse juste avant notre départ où nous parlions tous de projets de voyage et de continents éloignés. Là, je me retrouve dans la peau du passeur d’expérience et eux dans ceux de frais débarqués. Encore une piqûre de rappel concernant notre proche retour mais un vrai plaisir de pouvoir aider tant qu’on peut une famille qui se lance dans ses premiers kilomètres. Seb enclenche la troisième sur le périphérique de Buenos Aires et moi le moulin à paroles. C’est parti pour San Antonio de Areco.
San Antonio: entre hédonisme et tradition
San Antonio est une bourgade endormie de la pampa dans la semaine, qui s’éveille le week-end quand des hordes d’argentins débarquent goûter la quiétude de la campagne et surtout l’asado traditionnel dans ce haut lieu de la tradition gauchesque du pays. Artisanat réputé de l’argent, couteaux de qualité, sellerie, musée du gaucho et restaurants de grillade, c’est un bon point de départ pour nos nouveaux arrivants pour se plonger dans la culture argentine, tandis que nous balayons ensemble tous les thèmes susceptibles de les aider: gaz, bivouacs, parcours, mécanique, conduite sur piste, police, éducation, eau, etc.. tout y passe au cours de plusieurs journées agréables passées en bord de parc. Les enfants sont heureux de retrouver des copains et les jeux du parc suffisent largement à leur bonheur. Pour les hédonistes, c’est premier trou creusé à la pelle pour enterrer la boîte à c…, premier tour chez le garagiste pour des durites poreuses et donc première négociation, premier asado, premier gaucho en costume et bien sûr premières tuiles: Seb se fait piquer une chaussure de rando qu’il avait laissé dehors la nuit (un chien surement) et les batteries de la cellule ne se chargent pas bien. Je rigole en disant que ça ne nous est jamais arrivé et le lendemain: plus d’électricité. Bien fait pour moi, tiens. On regarde ensemble et mes batteries sont vides de liquide. A voir à Buenos Aires.
Nous sommes heureux de pouvoir les assister dans tous ces moments-là, conscients de la chance d’avoir eu nos bonnes étoiles nous aussi au début du voyage. Et nous sommes aussi bien contents de pouvoir bénéficier d’une ample et fabuleuse démonstration que leur sobriquet n’est pas choisi au hasard: brie ultra fait (mon dieu, cette délicieuse odeur de moisi…), foie gras, corbières et tariquet. Nous sommes plus que gâtés. Les papilles frétillent, caressées par cet avant-goût du retour à la maison. Nous savons maintenant qu’il se fera dans la volupté, tant la gastronomie nous tient à cœur. Amis hédonistes, merci pour votre générosité!
Le week-end, nous participons avec plaisir aux activités touristico-locales: visite du musée gaucho, observation du folklore avec gauchos du dimanche (ceux que vous voyez en photo roulent plutôt en pick-up la semaine mais tiennent le week-end à revenir à la tradition en ressortant le cheval et la tenue ancestrale), danses locales et bien entendu asado gargantuesque avec l’éventail complet: chorizo (saucisse mi-porc, mi-boeuf), morcilla (boudin noir de sang de boeuf), costilla (côtes coupées en travers), vacio (bas de côte), matambre (viande grasse de porc), chinchurines (intestin grêle). Les enfants jouent dans les feuilles mortes pour éliminer quelques calories et les adultes traînent à table, sortant plus que repus.
Mais nous attend encore l’ultime épreuve pour notre estomac: nous sommes invités à prendre le thé (donc le gâteau) chez Cristina et José (voir début de cet article). Isa et Seb nous proposent gentiment de garder les enfants pendant que nous y allons. Nous en profitons et passons un excellent moment chez ce couple argentin d’une soixantaine d’année. Très cultivés, grands voyageurs (Cristina a fait le tour d’Europe en camping-car avec ses deux filles), francophone pour José et francophiles tous les deux, ils nous accueillent, comme toujours chez les argentins, comme des membres de la famille. Nous abordons des sujets complexes comme le sentiment nationaliste et la guerre des Malouines, le péronisme, les élections françaises, la réalité de la culture gauchesque. Encore une fois, je me sens bien auprès de ces figures parentales. Je réalise à quel point je cherche à combler le manque de présence paternelle par ces rencontres, à quel point j’aime écouter la voix chaleureuse et posée de ceux qui ont vécu, à quel point j’ai besoin de ce regard doux qui se pose sur moi et qui veut dire “fils”. Je rentre apaisé et heureux de savoir que demain la discussion reprendra. En effet, nous sommes invités à l’asado dominical avec les enfants, que Cristina et José veulent absolument voir.
Nous passons une dernière et excellente soirée avec Isa et Seb et le lendemain, c’est l’heure des adieux. Ils partent pour le Nord et nous pour le Sud. Nous ne nous reverrons pas alors bonne route à vous. En plus de la générosité, que votre bonne humeur reste le marqueur de votre périple. Profitez !
Le déjeuner chez les “grands-parents” est un bon moyen d’atténuer la séparation pour petits et grands. Nous sommes choyés dans la superbe maison de nos amis. José m’emmène faire le tour des couteliers de la ville pour choisir deux belles lames, typiques de la région. Grand collectionneur de couteaux, il m’explique tout sur les aciers, la façon de travailler la lame, les manches en patte d’autruche, bois précieux, argent et autre. J’apprends beaucoup. Puis c’est le déjeuner du dimanche tel qu’on le rêve. Soleil, calme et discussions riches.
Les enfants se régalent à jouer dans l’herbe et à déguster les glaces qu’est allé chercher José, rien que pour eux et aux parfums qu’ils ont élus, les veinards. Encore une fois, le bonheur flotte dans l’air. Encore un au-revoir. Comme nous nous verrons peut-être à Buenos Aires, le départ est moins compliqué. Nous voilà bien gonflés de bonnes ondes pour aborder la capitale.
Va t’on aimer cette ville ?
C’est la question que nous nous posons sur la route. Santiago avait été un relatif échec alors nous ne savons pas trop ce que nous allons trouver. Le premier contact avec Notre-Dame Sainte-Marie du Bon Vent (puisque c’est son nom, Nuestra Señora Santa Maria del Buen Ayre devenant plus tard Buenos Aires) est plutôt bon. Le bivouac est d’une sécurité assez rarement rencontrée puisque nous sommes dans le quartier ultra-chic de Puerto Madero, constitués de docks réhabilités et hébergeant maintenant bars, restaurants, immeubles de verre, le tout très sélect, propre et surtout ultra surveillé par la préfecture navale. Nous avons ainsi une voiture et deux militaires jour et nuit devant le camping-car, accompagné de jeux pour enfants tout neufs (avec même une tyrolienne !), robinets d’eau tous les 20 mètres. On en profitera pour arpenter la ville en toute tranquillité.
Premier jour, premier mai, visite du centre, bureaucratique et bancaire. Excellent choix que le jour le moins travaillé de l’année: de belles avenues hausmaniennes (on se croirait vraiment à Paris sur certaines rues) d’une quiétude absolue. Nous qui avions été rebutés par le bruit de Santiago, Buenos Aires se fait douce à l’oreille et nous passons un excellent après-midi à déambuler. Pas de grand choc culturel, un air de Paris par ici, un air de Madrid par là mais cet air de déjà vu et l’ambiance culturelle qui règne n’est pas pour nous déplaire. Nous allons aussi rendre visite au général, comprenez El Libertador José de San Martin (de grands hommes ces José décidément) celui qui donne son nom à une place ou une rue dans toutes, je dis bien toutes, les villes argentines. Celui qui a porté l’indépendance est célébré avec ferveur dans tout le pays et son corps repose dans la cathédrale. Sa tombe est belle mais le pauvre n’a pas le droit à la ferveur du sanctuaire de la difunta correa. Ah les politiques, ils ont beau lever des armées, libérer des pays, venir mourir à Boulogne-sur-mer (ce qui est digne d’un martyre quand même ! – je plaisante Corentin), ils n’arrivent jamais à rivaliser avec les religieux… Puisqu’il nous faut passer du temps dans la ville, on en profite pour zieuter les affiches et se renseigner sur les spectacles du moment: opéra, festival de cirque, hum pas mal de chose à se mettre sous la dent, fort bien. On finit même par un beau spectacle de tango dans la rue. Manon adore.
Deuxième jour: retour aux affaires. Il nous faut sauver nos batteries cellule qui, grâce à notre expert électrique Sébastien hédonisto-mourichon, ont été diagnostiquée vides mais récupérables. Nous nous rendons donc en ce premier jour ouvré de la semaine dans le quartier de la Boca car c’est là que José connaît un garagiste qui nous aidera facilement et rapidement. La Boca, quartier portuaire et canaille de la ville, est connue pour son stade de foot (qui héberge le club de Boca Junior), ses maisons multicolores et son insécurité aux heures tardives. Nous, on y va chez le garagiste, c’est original. Nous retrouvons José à son bureau et il nous emmène voir Don Aurelio qui s’occupe de notre cas. Les batteries sont remplies et diagnostiquées par l’œil aguerri du sexagenaire: bonnes pour rouler et tout ça, gratos ! Pendant la matinée de travail, j’ai l’occasion de réaliser que la Boca (hors ruelles à touristes) a conservé une réelle authenticité, en plein cœur de Buenos Aires. Les passants ont des gueules, ça s’invective, ça s’apostrophe, on s’attroupe autour de mon cas. Je vois des hommes ventrus aux nuques longues frisées qui ne sont pas sans me rappeler Naples ou Palerme. Les rues sont sales, bordéliques et vivantes. Fidèle à cette ambiance digne du parrain, Don Aurelio nous invite à aller faire les touristes de l’autre côté de la Boca sans crainte car ici, c’est sa rue ! Il ne peut donc rien arriver au véhicule. Nous partons ainsi arpenter les rues en direction du “caminito”, petit chemin en français, où les maisons ont été repeintes avec le surplus des peintures de bateaux de pêche, donnant un air gai à des constructions en tôle qui ne le sont pas trop. Et nous tombons dans une caricature, quasi risible. Restaurant à touristes sur restaurant à touriste, rabatteurs vous hélant en anglais même quand on leur parle castillan, boutiques à souvenirs, photo avec le danseur de tango. C’est joli à l’œil avec un air de Montmartre mais ça sonne factice. Tout ça cantonné sur une rue, cela donne un caractère assez absurde à la scène. Nous fuyons voir le stade qui lui dégage une vraie ferveur et manger la pizza dans un boui boui à l’écart où je retrouve les passants du matin, toujours coiffés à la Maradona, mangeant pizza à la “muzza” (mozzarella) ou aux oignons, vraies pizza du pauvre, à pâte épaisse et à la coupe, comme dans les faubourgs de Naples.
Nous quittons La Boca dans ce contraste pour finir la journée comme elle avait commencé, en logistique: linge déposé à la lavanderia, places de cirque récupérées pour un festival et surtout places pour l’Opéra. Et oui, mesdames vont à l’opéra au fameux Teatro Colon, l’un des plus célèbres du monde. La force du destin de Verdi, en 4h, rien que ça. Le taxi Hari dépose les mondaines devant le théâtre. Les dames se maquillent, mettent leurs plus beaux vêtements (pas évident après 15 mois de voyage…) et filent vers la grande salle. Bien installées au “paradis”, Manon observera avec excitation l’orchestre à la jumelle pendant une heure, posera des dizaines de questions sur l’histoire, maman Hélène lui expliquera 20 fois qu’il faut se taire sous le regard heureusement amusé et tendre de leurs voisins. Après 2h30 de spectacle elles rentreront, Manon étant déjà au doux pays des rêves… comme sa mère d’ailleurs.
Jeudi, c’est pause bucolique, dans la ville. En effet, après avoir déversé pendant des dizaines d’années tous les gravats issus des déconstructions et constructions de la ville au bord du rio de la Plata, Buenos Aires s’est aperçu que la nature y avait repris ses droits, les oiseaux migrateurs ayant reconquit de belles lagunes. Qu’à cela ne tienne, comme en plus le quartier mitoyen avait vocation à être rénové (le fameux Puerto Madero), la ville créa une réserve dite écologique de 5 kms sur 3 au bord du rio de la Plata ! Et c’est superbe. Véhicules interdits, accès au bord du rio, oiseaux en tout genre, peu de bruit vu la superficie, nous découvrons un parc tranquille en plein cœur de la ville, avec une vue surréaliste sur les gratte-ciel de Puerto Madero. Les enfants font le tour à vélo pendant que nous profitons du soleil et des températures très douces. Nous sommes dans la saison parfaite, journées à 25°C et nuits légèrement fraîches. L’après-midi, re-vélo dans les rues de Puerto Madero, visite nocturne du voilier/école de la marine nationale et tout le monde au lit tôt !
Vendredi, nous avons rendez-vous avec Vicky, rencontrée aux Galapagos un an auparavant et qui nous avait invitée à la rejoindre sur Buenos Aires. Nous visitons avec elle le quartier de Palermo où elle a habité longtemps. J’aurais dû m’en douter, l’affaire tourne en journée “copines”: papotage autour d’une orgie de glace au dulce de leche et chocolat puis papotage au jardin d’enfant puis coiffeur pour Hélène. Je fais avec plaisir le baby-sitter et on se donne rendez-vous pour le lendemain, trois ou quatre heures n’étant évident pas suffisant pour une discussion entre filles.
Samedi matin, porté par la vague des joggeurs du week-end qui défilent devant le camping-car, je me décide à courir et Manon à reprendre son vélo. Nous parcourons ainsi 8 kms sous le soleil, avec grand bonheur, dans la réserve écologique. Les Portenos semblent étonnés de voir cet étrange couple mais Manon a droit à de multiples encouragements. Nous rentrons déjeuner au camping-car dans ce délicieux cadre qu’est décidément la riche, propre et calme Puerto Madero (c’est un peu comme à Pucon finalement, on a un peu honte mais les quartiers riches et verdoyants ont du bon en camping-car…). L’après-midi, nous retrouvons Vicky au musée des Beaux-arts dans le quartier de Recoleta. Superbe musée, de qualité et en plus gratuit. En effet, l’Argentine, à l’opposé de son voisin chilien reste un pays à culture socialiste, avec éducation, santé et culture fortement subventionnées voir gratuits. La corruption mine le pays et les abus sont fréquents mais on ne peut leur enlever cette volonté d’aider les couches populaires. Le musée est l’occasion de donner à Manon un petit cours d’art. Mouais… A la 5ième vierge à l’enfant, au 3ième tableau impressionniste et au second buste de Rodin, l’attention a disparu, d’autant que dans le hall vient de commencer un spectacle de marionnettes destiné à sensibiliser les enfants à l’art. Je fais les sous-titres, Manon sourit, les filles… papotent et Noé dort. Pas compliqué finalement le musée…
La journée entre filles reprend: papotages au cimetière de Recoleta pendant que Papa invente des histoires de chats de gouttières fans de cimetières. Et le soir, comment finit-on une soirée filles ? Bière et sushis, tiens ! J’ai le droit de m’y joindre cette fois, les enfants ayant droit eux à une soirée “open TV” en espagnol. Vicky nous explique énormément de choses sur la société argentine, le machisme, l’avortement, les différences sociales, le travail en entreprise. Merci à toi Vicky de tout ce temps passé avec nous. Buenos Aires a changé d’air grâce à ta compagnie…on s’y est senti comme chez nous!
Dimanche, on zone (c’est ça de se coucher à 2h30 du matin…). Ça tombe bien, c’est le premier jour de temps voilé. Entre Skype, sandwich au gras sur la promenade locale et sieste, pas grand chose à raconter si ce n’est que nous allons voir un super spectacle de cirque l’après-midi. Le spectacle présente juste ce qu’il faut de mimes, blagues sans parole et démonstrations d’équilibre et de jonglage pour que les enfants ne se fixent pas sur la langue et adhérent. Et nous on adore. Super moment, offert par la municipalité de Buenos Aires qui semble dynamique et assez altruiste (il y avait des places gratuites tout le week-end pour des spectacles de grande qualité !).
Le lendemain , nous attendons des nouvelles du consulat, même si cela tient du miracle. On n’y croit pas mais bon, un miracle est déjà arrivé en France la veille, en ce merveilleux dimanche 6 mai, pourquoi pas deux…Et c’est le second miracle ! L’attachée consulaire nous informe dès le matin, que sans qu’elle n’y comprenne rien, le passeport est déjà arrivé alors que la semaine précédente était celle du premier mai et que c’étaient les élections. Nous voyons déjà au bout d’une journée les effets d’un président de gauche, c’est formidable
. Je me rends en vitesse au consulat et reviens avec le précieux sésame: on peut lever le camp sans avoir à revenir dans la ville ! Youpi ! Un dernier tour (décevant) au quartier de San Telmo et nous faisons notre dernière nuit dans cette ville qui nous a séduite par son énergie et toutes ses surprenantes facettes.
Transition douce
On a toujours du mal à aller loin quand on quitte un bon endroit et ça se vérifie car on décide de temporiser un peu avant de rejoindre les contrées éloignées de la région de l’entre-rios et des missions. On s’arrête donc tout d’abord dans un magnifique parc zoologique, Temaiken, certes très Eurodisney sur l’organisation mais où les animaux ont beaucoup d’espace et paraissent très bien soignés. En tous les cas, c’est ce qui ressort des nombreux panneaux et témoignages du personnel. Alors certes visiter un zoo, c’est toujours polémique mais les explications sur la réinsertion des animaux blessés dans la nature, les programmes d’échange entre zoos nous convainquent. On aime. D’autant que les démonstrations sont superbes: distribution de nourritures aux chauve-souris, faucon en plein vol, hippopotame qui vient s’approcher très près des vitres. Les enfants sont ravis et les parents aussi. Une belle journée.
Le lendemain, c’est la ville de Tigre qui nous accueille. On part en navette sur les canaux du delta du fleuve Parana. A seulement 30 kms de Buenos Aires, ce sont des étendues immenses de “bayou” qui cachent de belles résidences secondaires ou de paisibles demeures sur pilotis. Le calme du delta et ses belles couleurs d’automne nous séduisent même si son attrait recèle bien plus dans le contraste avec l’excitation de Buenos Aires que dans sa faune quasi inexistante. Bien pour une transition mais sans plus alors nous quittons la zone sans regret, prêts pour un vrai retour à la nature. C’est parti ! Plein nord, vers la chaleur, les palmiers et les crocodiles !
Rencontres du nième type ! (du 8 au 23 avril)
Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Ce pourrait être le titre de ce billet. Nous baignons depuis début mars dans la sérénité. Le camping-car se comporte à merveille (il se répare même tout seul puisqu’après 6 mois de panne de feu recul, le court-circuit s’est résolu sans aucune intervention. Va comprendre…), aucun souci médical, administratif, pécuniaire ou autre, un rythme paisible bien établi et assumé, du beau temps, des parcs superbes et de belles rencontres. Nous sommes simplement bien et n’avons donc pas grand chose à raconter mais je vais me forcer, vous me connaissez
.
Dernier regard sur les Andes
Pour notre dernier jour en altitude du voyage (le Brésil nous promet un peu de montagne mais pas à ces hauteurs), les Andes nous ont réservé une bien jolie surprise: le parc de l’Aconcagua. Placé discrètement sur la descente vers l’Argentine (certains l’ont loupé mais je ne donnerai pas de nom), ce parc permet de s’approcher du plus haut sommet des deux Amériques. 6962 mètres. Pas rien me direz-vous mais figurez-vous qu’il ne les fait pas. Cerné par d’autres sommets de plus de 5000, un peu écrasé voire plat, l’Aconcagua se fait discret mais le cadre dans lequel il s’observe est fantastique; Les couleurs nous rappellent avec bonheur la quebrada de Humahuaca au nord de Salta. Nous faisons une jolie balade de deux heures avec les enfants avant de redescendre dans la vallée par une des plus jolies routes du voyage, combinant couleurs incroyables et horizon lointain. Bon, les images parleront mieux. J’ai dit que je me forçais mais faut pas pousser…
Couvés par le petit lion
Une fois dans la vallée, on choisit la première à gauche (en ces temps d’élection, j’arrête les premières à droite, on ne sait jamais) pour parcourir une route vide et sublime avec un premier arrêt au parc El Leoncito (le lionceau). Celui-ci abrite deux observatoires astronomiques, garantie d’une pollution visuelle minime et de tranquillité. Nous découvrons un paradis: canyons verdoyants au milieu de montagnes arides, le tout avec vue sur la cordillère enneigée. Le site est le meilleur que nous ayons fait depuis le début du voyage alors qu’il est gratuit ! Dans une belle oasis, quincho (genre de paillote protégeant des intempéries le sacro-saint barbecue et la table qui va avec), eau à disposition, bois, barbecue, vue sublime, terrain de foot, wifi, douche chaude, voute étoilée splendide, guardaparques prévoyants. Soit, restons. Le record du lago roca (6 jours au même endroit) est égalé. Balades, jeux d’extérieur, foot, école, séance cinéma en famille. La routine habituelle comme je le disais au début de l’article.
Mais la douceur de vivre des lieux n’explique pas tout. Il y a les rencontres. Car le petit lion nous a permis de retrouver les zoomeurs, alias les champis, alias Justine et Stéphane, ainsi que les Espadrilles, alias la famille Laurent. Après une soirée passée à Quintay sur la plage, nous retrouvons tout d’abord pour la 4ième fois les zoomeurs et cette fois-ci partageons le quotidien, meilleur moyen de faire connaissance. Petit-déjeuner à rallonge, asado/pizza au feu de bois mémorable (terrible les bananes fourrées au chocolat cuites à la braise !), café et maté à volonté, on passe les journées à discuter. On s’active aussi un peu avec footing pour les garçons et visite nocturne de l’observatoire avec un beau cadeau pour les 5 ans et demi de Manon: un tour dans le 4×4 de Justine et Stéphane après avoir dégusté un excellent gâteau !
La trentaine, Justine et Stéphane ont démissionné de leurs métiers dans le tourisme pour partir, entre autre, à la recherche d’un nouvel horizon professionnel de l’autre côté de l’océan. Remise en cause de son métier, question du couple, question de l’enfant, leur vie nous renvoie l’écho de nos questionnements d’il y a quelques années, au même moment, mais eux ont le courage en plus. Celui d’avoir sauté le pas vers l’inconnu quand nous nous contentons de profiter des avantages sociaux français pour nous offrir une parenthèse sans prise de risque. Ouverture, gentillesse, sourires, c’est un vrai bonheur de les côtoyer. Peut-être passons-nous un cap dans le voyage. Le quotidien est rodé, le prochain lieu à visiter n’a plus trop d’importance alors nous sommes encore plus ouverts aux rencontres. Nous sommes prêts à changer les itinéraires, à rester, à accélérer pour le plaisir de trouvailles ou retrouvailles. Mais nous souffrons aussi des adieux. Les larmes sont souvent proches, voire présentes. Les Justine font pleurer Hélène, c’est comme ça… C’est la dure loi du voyage: ne partager qu’un temps et quand l’amitié se forge, se quitter.
Le séjour continue avec la famille Laurent. Autre vie, autre écho. Nous échangeons beaucoup sur le thème de la famille, des enfants, de l’exil. Avec toujours cette sincérité, cette faculté à se livrer qui nous semblent maintenant caractériser les voyageurs. Les enfants s’éclatent, sans qu’on ait rien à faire. Toujours aussi bluffant cette faculté qu’ils ont de jouer avec peu, de s’inventer des mondes merveilleux. Ils sont comme nous, en ce moment ils n’ont pas l’air malheureux, non?
On quitte le parc en jetant un œil à la mémoire de l’appareil photo: quasiment rien, comme le reflet du séjour. Pas d’inventaire de paysages, pas de myriades de fleurs ou d’animaux. Plus qu’un beau parc national, le Leoncito restera pour nous un écrin douillet pour le partage avec les autres.
Gracias Carlitos !
On reprend la route vers San Juan à travers des paysages de toute beauté (à l’attention des voyageurs, la route Uspallata-Barreal-Calingasta-jonction route 40 est l’une des plus belles que nous ayons faites).
Nous avons une visite à faire à San Juan. En juillet 2011, lorsqu’Hélène avait le dos bloqué à Salta, nous avions rencontré Claudia et Carlos au camping. Rendez-vous avait été pris 3 mois plus tard lors de notre descente mais la peur de louper les baleines nous avait emmené directement vers l’Atlantique, sans longer les Andes. 9 mois plus tard, nous honorons l’invitation. Nous sommes accueillis à bras grands ouverts dans leur hangar/maison. Carlos a transformé ses terres en bordure de la ville en terrains de foot qu’il loue à l’heure. Son hangar lui sert d’atelier d’entretien de ses installations et de son gigantesque bus aménagé.
Ils vivent de peu, comme des “bohemianos” comme Carlos le dit lui-même et leur générosité est immense. Ils croquent la vie à pleines dents, ne travaillant que ce qu’il faut et partant sur les routes dès qu’ils le peuvent avec les frères et sœurs de Carlos. Nous sommes vraiment comme à la maison, choyés et dorlotés. Carlos est plein d’attention pour les enfants leur offrant chocolats, bonbons et tours en quad (oui, je sais, c’est pas forcément une distraction que j’affectionne mais avec le foot, c’est vraiment le second loisir des argentins). Nous passons le samedi soir à discuter de politique, de vin, d’huile d’olive, de véhicule et j’en passe, tout cela autour d’un asado bien arrosé. Après un coucher à 3h30, le lendemain est difficile mais il faut prendre sur soi car ce dimanche midi, c’est le grand asado familial. Carlos a cinq frères et une sœur. Ils sont voisins et se réunissent les dimanches avec toute la famille autour de la abuela (la grand-mère). Pas tous les dimanches nous dit-on ! Seulement quand il y a un anniversaire dans la semaine. Sachant qu’entre cousins, cousines, compagnes et compagnons, ils sont plus d’une quarantaine, il était difficile de mal tomber. Là encore nous sommes invités chaleureusement. Nous sommes au milieu de tous, trinquant à droite et à gauche, chacun nous adressant la parole comme si nous étions des habitués. Nous vivons un très beau moment avec le sentiment troublant d’être dans notre famille. Est-ce la chaleur de celle-ci, l’absence prolongée et difficile des nôtres, mais nous souffrons encore et toujours de dire au-revoir en fin d’après-midi. Nous laissons Carlos avec une boule dans le ventre et les larmes au yeux. Ni’ème rencontre du voyage? Non. Chacune a sa valeur, chacune sa force, beaucoup plus de force que dans notre “vie d’avant”, pas parce qu’ici tout est plus beau (n’allez pas penser ça…) mais faute, c’est sûr, à un manque d’ouverture d’esprit de notre part quand nous étions accaparés par le rythme accéléré des contraintes, engagements et activités quotidiennes. Merci, merci beaucoup Carlitos !
Le retour fait oublier l’adieu
Pour oublier le départ, nous faisons rapidement les touristes dans San Juan mais comme si c’était fait exprès, c’est assez pathétique: ville argentine encore une fois sans charme, musée des sciences naturelles fermé, passage aux mauvais horaires au musée de l’huile d’olive, route manquée pour aller dans un vignoble. On se rattrape un peu en pouvant entrer dans l’atelier de fabrication des dinosaures du musée des sciences. Les enfants sont en plein dans leur phase “dinosaures” et sont ravis de voir les répliques. On fait le plein de fruits et légumes, la région étant très fertile et on file au sud pour visiter une champagneraie. Très bon moment, excellentes explications sur la méthode champenoise et une réserve faite pour… les prochaines rencontres ! Voilà à quoi sert le tourisme !
On finit le volet touristique par la visite d’une curiosité: le sanctuaire de la Difunta Correa. Ce sanctuaire est dédiée à une femme qui, pour soutenir son mari enrôlé dans la guerre civile, l’a suivi à travers le désert. Elle serait morte de soif mais son nourrisson aurait survécu en tétant le sein de sa mère. Le sanctuaire est censé être installé là où on a retrouvé le bébé et la défunte. La tradition veut qu’on lui dépose des bouteilles d’eau aux pieds des innombrables chapelles qui jalonnent les routes, façon d’attirer ses bonnes grâces sur la nouvelle voiture, la maison, les études des enfants…Nous en avons vu des centaines lors de notre périple mais là ce sont des milliers de maquettes de maisons, de photos de voiture et de mariées, de plaques d’immatriculation qui sont laissées avec une demande de bénédiction. Il y a aussi des chapelles ornées de milliers de plaques de remerciement pour service rendu ou pour une demande de soutien. Il est étonnant de voir un pays peuplé de descendants de catholiques italiens et espagnols adhérer avec autant de ferveur à un tel mythe. Le même engouement accompagne son collègue le gauchito Gil. Comme si les argentins avaient voulu construire leur imaginaire, leurs mythes au travers de la geste des gauchos. Pampa aride et hostile, longues distances, gardien de troupeaux solitaires qui ne se nourrit qu’à l’asado et au maté, les argentins se sont forgés autour de ces images une culture comme pour mieux s’affranchir de leurs ancêtres européens avec lesquels ils entretiennent une relation mélangée d’admiration et de dédain. En tous les cas, nous sommes touchés par toutes ces notes d’espoir disséminées sur un bout de colline, surtout quand nous dépassons un homme en train de monter à genoux les 73 marches du sanctuaire, son fils sur le dos.
On dort sur le site avant de filer au parc Las Quijadas, un bijou de vallée préhistorique où nous attend sur le bivouac… le 4×4 des zoomeurs ! Joie des retrouvailles, soleil couchant sublime et bon repas. Rencontres et parcs nationaux, ce sera décidément le fil conducteur de notre traversée d’Ouest en Est de l’Argentine. On passe encore un excellent moment. Aux-revoirs de nouveau difficiles mais quel plaisir de s’être retrouvés ! Pour oublier ce nouvel adieu, on randonne dans le parc qui nous offre des paysages grandioses et surtout nouveaux. Certains disent que cela ressemble aux parcs américains. On ne connait pas mais on apprécie les couleurs rouge et ocre sur fond de ciel bleu. On a même la chance d’être survolés par un immense condor et observés par ce qui sera notre dernier guanaco du séjour. On finit la journée en famille par un superbe coucher de soleil, seuls dans la nature:
Après une marche matinale (extrêmement rare chez les Manohé !), on prend la route pour la région de Cordoba.
Nono !
Sur la route qui mène au centre du pays, nous croisons un village appelé… Nono ! On pense à vous, Nicole et les Ago, qui êtes les seuls à appeler ainsi notre petit déménageur et après discussion avec le boulanger qui nous vante bien les lieux, on décide que ce n’est pas une coïncidence si nous sommes passés par là et on va se poser au bord de la rivière. Et bingo ! Un lieu fantastique ! Terrain herbeux en bord de rivière, calme absolu, oiseaux de toutes sortes, vue sur la sierra cordobesa, et en prime, l’eau de la rivière est chaude ! Et oui, il fait très beau et la rivière serpentant sur peu de fond, elle se réchauffe. On se retrouve en maillot de bain au milieu du pays !
Le soir, on profite du ciel dégagé pour observer, on ne saura jamais pourquoi, des dizaines et des dizaines d’étoiles filantes. On passe trois jours tranquilles en famille, trois jours pleins de douceur, tout ça grâce à Nono !
Bon, bien sûr il faut toujours un peu de piment et c’est le cours d’éducation civique de Manon qui nous l’apporte: en montrant à Manon ce qu’est un document d’identité, Hélène s’aperçoit que le passeport de Manon est périmé. Nous n’avions pas fait attention au fait que les passeports des enfants sont valables 5 ans et non 10 ! Notre dernière entrée en Argentine s’est même faite après la date d’échéance. Clandestins, voilà ce que nous sommes. La suite s’annonce folklo: le site du consulat indique un délai de 3 semaines pour avoir un renouvèlement, demande des papiers faciles à avoir comme un extrait d’acte de naissance datant de moins de 3 mois et le système automatique de prise de rendez-vous en ligne me donne comme première date libre le 12 juin ! Bon, très bien. On envoie un mail au consulat de Buenos Aires comme une bouteille à la mer et on décide d’aller plaider notre cause au consulat de Cordoba avant d’aller à la capitale.
Et au passage, à votre avis, qu’est ce qu’on fait ?
Et bien, on va dans un parc national, El Condorito, et devinez ce qu’on y fait surtout ? Des rencontres ! Tout d’abord Marina et Nicolas, croisés il y a 9 mois à Salta. On partage une super soirée crêpes avec eux et les enfants. Le lendemain, on se lance dans une grande aventure: 11kms de rando, 300 mètres de dénivelé sous un ciel grisâtre. Un défi pour Manon qui n’a que très rarement marché autant. Mais elle est courageuse et aidée par les histoires inventées par papa et maman, elle arrive au bout pour un pique-nique survolée par les condors. Ceux-ci sont plus loin que ceux vus au Pérou ou à El Chalten mais les voir évoluer agilement dans les courants chauds est un plaisir. Encore un animal à qui nous devons tirer notre révérence mais bon, nous partons voir la faune brésilienne, qui ne devrait pas nous décevoir. Le retour est glacial, la brume nous étant tombée dessus. Manon a mal aux jambes mais arrive à bon port après 6h de balade, bravo pitchoune ! La carotte est méritée: dessin animé au chaud tous ensemble sous la couette.
Alors qu’on s’installe, on toque à notre porte et nous faisons connaissance avec les sixpiafs, qui finissent leur voyage d’un an du Québec à Buenos Aires. Ils voyagent avec leurs 4 adorables garçons (chapeau bas!) dans un monstre: 5,5 tonnes, 10 mètres, une vraie maison. Les parois du camping-car coulissent vers l’extérieur pour agrandir l’espace, déjà immense.
Encore une belle rencontre, une histoire différente et un agréable moment de nostalgie à parler du Québec où ils ont vécu 4 ans. Nous levons le camp le lendemain matin pour Cordoba avec deux bonnes nouvelles: Le Pen n’ira pas au second tour et le passeport de Manon est renouvelable à Buenos Aires sans besoin d’autre chose que le livret de famille. On nous donne rendez-vous dans 3 jours au consulat pour faire les démarches. Il va falloir trouver quoi faire pendant 3 semaines après le dépôt du dossier mais soulagement, on a la solution. La parenthèse de béatitude parcs-rencontres se termine. Entre Cordoba où il nous faut récupérer des pièces détachées, faire fabriquer une vitre latérale pour le camping-car, faire des devis de pare-brise et puis Buenos Aires où il nous faut être sous 3 jours pour faire faire le passeport, il va falloir descendre du nuage. Allons-y, cap à l’est, on se bouge !
Pacifique et port mythique: nos adieux au Chili ! (du 30 mars au 7 avril)
On quitte la capitale pour aller à la mer. La ville nous a étourdi aussi filer directement vers la bouillonnante et chaotique Valparaiso ne nous tente guère. Nous retrouvons le Pacifique au lieu dit de l’île noire. Isla Negra, juste un nom, pas une île, l’endroit où le poète Pablo Neruda avait bâti ce qu’il appelait son navire ancré sur la terre. Il possédait 3 maisons à Santiago, Valparaiso et au bord de la mer. Celle d’Isla negra est censée être la plus belle et la plus ensorceleuse. Nous n’avons jamais rien lu de lui, sommes aussi poètes que Fabien Barthez mais le personnage a l’air fantasque et passionné de voyages aussi nous tentons la visite.
L’arrivée sur la côte nous rappelle des souvenirs, souvenir du pacifique péruvien ou du nord du Chili quand nous voyons les pélicans planer au ras de l’eau à toute vitesse et souvenir de Bretagne par la force des vagues qui se cassent sur les rochers, le temps couvert et la côte silencieuse. L’eau est comme il se doit sous ses latitudes: glacée. Nous sommes hors saison et c’est tant mieux. On gare Hari avec vue sur mer et on passe l’après-midi à se balader sur la plage au pied d’une maison qui nous fait bien rêver et qui s’avère… n’être pas du tout celle de Neruda ! L’ambiance est songeuse et dormir au son des vagues nous fait un bien fou.
Le lendemain, c’est parti pour la visite et comme pour la fantastique maison de Pierre Loti visitée à Rochefort (qu’on recommande chaudement aux voyageurs), on se plonge complètement dans l’univers du poète grâce à l’audioguide très bien conçu et malgré la marée noire de touristes qui se déverse autour de nous. La maison est devenue une belle attraction touristique mais les collections exubérantes de bouteilles en verre, de figures de proues, de papillons, de pipes, de portraits de poètes sont tellement fantasques qu’on arrive à oublier la foule. On découvre l’univers d’un enfant plutôt que d’un adulte. Les rêves de Neruda sont présents dans le choix de chaque objet, dans l’orientation, l’aménagement de chaque pièce. Tout est pensé mais pensé de manière débridée, comme ce bar ci-dessous où aux poutres du plafond sont gravés le nom de ses amis. Un vrai bonheur.
On décide de continuer le long de l’océan. La prochaine étape est Quintay, un petit port de pêche soit disant typique. Relative mauvaise pioche puisque nous sommes le week-end et que le port est saturé de santieguinos venus déguster le poisson frais à des prix exorbitants dans un port qui ne préserve ses barques que pour alimenter les restaurants touristiques qui font face à la mer. Bonne pioche quand même car le cadre est très beau et surtout dans ce lieu, on plonge ! Nous faisons connaissance avec le directeur du centre de plongée surplombant la plage et Hélène réserve pour le lendemain une plongée sur un tombant à 35m dans les eaux froides du Pacifique et moi pour une épave de chalutier immergé à 20m. Le directeur nous propose de nous héberger sur son terrain avec vue sur la mer, juste au-dessus du port. Coup de bol quand le prix du stationnement sur le port est d’un euro vingt de l’heure et que nous prenons un sixième de la place totale (voir photo de ce qui nous aurait attendu le lendemain matin si on était restés sur le port).
Le lendemain midi, j’attends Hélène sur la plage en jouant avec les enfants. C’est un fantôme qui revient à bord du zodiac: la houle au large était énorme, elle a vomi plusieurs fois après avoir bu la tasse à l’essence de moteur et s’être gelée toute la plongée. La pire plongée qu’elle ait faite me dit-elle. Bon, ben c’est décidé, j’investis le prix de ma plongée dans une sublime cassolette de crevettes locales à l’ail et au piment et offre à ma douce blanchâtre et aux enfants un congrio à la plancha de bonne facture. Le verre de vin blanc passe mieux que le gasoil mais madame, réfrigérée par le plouf du matin, doit rendre les armes pendant la digestion et part dormir dans Hari pendant que les enfants et moi allons visiter l’ancienne “baleineraie” (je traduis littéralement de l’espagnol) du port. Quintay recevait autrefois (jusqu’en 1974) baleines bleues, cachalots, baleines à bosse et autres, pêchées dans tout le Sud de la planète et transformaient les aimables cétacés en graisse, savons, viande et peignes (avec les fanons). La visite est très instructive, la salle du WWF sur l’état de la conservation baleinière à l’échelle mondiale étant particulièrement réussie.
On rejoint madame Cousteau, toujours de la couleur de Hari, et on file à la ”playa grande” de Quintay dans l’espoir de trouver un coin de plage pour nos zouzous et donc un peu de repos pour nous. Et bingo ! On arrive le dimanche soir, la plage se vide et en plus sur place est garé un 4×4 que nous savions errer dans les parages: celui des zoomeurs ! Ca y est: la troisième fois est la bonne. Après Puerto San Julian et Pucon, on va enfin pouvoir passer la soirée ensemble et mieux se connaître. Et ça marche ! On passe une super bonne soirée et le lendemain, on les a totalement contaminé les pauvres: alors qu’ils avaient prévu de lever l’ancre tôt, ils se retrouvent “manohisés”: lever à plus de 10h, petit-déjeuner face à la mer pendant 1h et puis 45 minutes d’au-revoir. On vous souhaite plein de bonnes choses pour la suite et souvenez-vous de la phrase du grand philosophe: ‘”Il vaut mieux se poser de bonnes questions plutôt que de se trouver de mauvaises réponses”!
Le reste de la journée est idyllique. Un temps superbe, une gigantesque plage pour nous seuls, un décor de montagnes vertes plongeant dans l’océan. Jeux avec les enfants, lecture au soleil et footing pieds nus au milieu des oiseaux, que demande le peuple? On finit même par la douche solaire en extérieur le soir. Nous espérions depuis un bout de temps cette détente au bord de l’eau et nous l’avons trouvée. Nous voilà requinqués par mère nature pour attaquer… la ville ! Et quelle ville ! Valparaiso, nom mythique, port du bout du monde chanté par les marins bretons et scandé par Neruda, ville de bordels, de canailles et de poésie. Et bien l’alchimie Valpo-Mano ne fonctionnera pas. Faute peut-être au bivouac un peu glauque, à l’absence pile cette semaine-là des voyageurs chiliens qui devaient nous accueillir, faute aussi au temps maussade qui ne mettra pas en valeur les couleurs des maisons, mais nous n’apprécierons que peu la ville. Nous l’arpentons une journée entière dans l’espoir d’être sous le charme mais la saleté des rues prend le dessus sur les fresques colorées, le bruit des voitures et du port marchand sur les musiques s’échappant des cafés, la tristesse des visages empressés sur l’air inspiré des artistes de rues. Les funiculaires sont en panne.
Alors on se dit que c’est nous car nous sentons une vie foisonnante, nous voyons des poèmes inscrits sur les murs, chaque marche de la ville est une peinture ou une déclaration et l’océan est à chaque coin de rue. Mais il y a un mélange de décrépitude généralisée et de rénovation clinquante trop touristique qui nous gêne. On apprécie de sentir l’histoire dans ce lieu mais le déclic ne se fait pas. Constat de distance entre la ville et nous ?
La deuxième journée achève de nous faire partir: la nuit a été éprouvante pour Hélène avec coup de feu et alcooliques braillards, la quête de pièces de rechange dans la ville pendant une heure ne donne rien et les zoomeurs qui étaient sur le même parking que nous sont partis avant qu’on ne les voit. On lève le camp. Le bleu revient dans le ciel alors on se laisse une dernière chance en quittant la ville par l’avenue panoramique qui la surplombe. Bonne pioche: sur une place, nous sommes hélés par deux touristes et c’est… Justine et Tristan ! Ils sont bien installés à la campagne chez leur amie Aurore et profitent de Valparaiso pour la journée. On se retrouve avec joie pour déjeuner ensemble dans Hari. On se quitte car nous devons trouver du gaz avant le week-end prolongé de la semaine sainte mais on se promet de passer les voir avant de filer vers l’Argentine. Après quelques tribulations, nous trouvons l’usine qui empêche le frigo de se transformer en simple glacière et les plaques de gaz en repose-plat pour faire des sandwichs. Ouf ! On dégote aussi pour la nuit une belle plage avec vue sur la ville huppée de Viña del mar. On est loin de la route, vue superbe et personne sauf… le train qui transporte les résidus de la raffinerie hors des installations. Hari est posé à 5 mètres des rails alors ça donne… ça:
Original, non ? En tous les cas, on passe une excellente soirée avec les enfants sur la plage, profitant du dernier coucher soleil sur l’océan de notre voyage (et oui côté Atlantique, il se lève sur la mer donc avec nos horaires, on risque pas de le voir…). Il est sublime et nous heureux.
Le train sifflera 2 fois dans la nuit mais les vagues s’occuperont rapidement de nous faire oublier le crissement sur les rails. Allez adios pacifique !
Avant de monter à l’assaut de la cordillère, nous passons dire au revoir à nos jeunes préférés à Olmué, petite ville de campagne tranquille. On restera finalement… deux jours. L’accueil est excellent (à part la tarentule qui attendait dans l’entrée), la maison possède un beau petit jardin alors pourquoi on partirait.
Après une première nuit bien arrosée, on essaie de transpirer un peu en aidant Aurore à mettre de l’ordre et à bricoler dans la maison puisqu’elle n’habite que depuis deux semaines. Manon défait avec elle les cartons de la cuisine, Hélène ponce des portes et des tiroirs avec Justine, je monte un mur de pierres avec Tristan après avoir réhaussé le plan de travail et installé la machine à laver. Noé tente de son côté ce qu’il peut pour perturber toute cette belle organisation. Dans l’après-midi, Aurore et Justine s’occupent de Manon, lui confectionnant un magnifique collier de perles. Elle est aux anges avec les deux “filles” comme elle dit. La soirée est plus calme, la fatigue aidant. Tout le monde est briefé autour de la table: demain c’est dimanche même si demain c’est samedi ! En effet, ça nous arrange bien d’avoir un jardin sous la main la veille de l’arrivée des cloches alors on adapte un peu le calendrier. Et le lendemain, c’est chasse au chocolat ! Noé s’en tire avec un beau mal de ventre puisqu’il ingère la moitié de sa récolte dans le salon quand on a le dos tourné.
On se quitte une nouvelle fois avec Justine et Tristan, contents d’avoir pu prolonger notre vie commune. Leur vie continue dans la maison encore pendant deux semaines avant de recharger leurs sacs. Nous, c’est l’Argentine qui nous attend.
On roule un peu tristes vers les Andes. En plus des adieux (on ne s’y fait pas décidément…), cela nous fait bizarre de quitter définitivement le Chili. Il reste 4 mois de voyage mais pour la première fois, on sent réellement que le voyage bascule vers sa fin. Le retour est de plus en plus présent à l’esprit et prend parfois la place de l’organisation du reste de l’aventure. L’ascension prend cependant le pas sur le vague à l’âme: nous passons de 200m à 3800 mètres en une demi-journée. Hari tient bon la grimpette notamment sur les derniers 8kms de piste en lacet, qui sont comment dire… éprouvants.
Les lacets nous emmènent au pied du ‘”cristo redemptor”, statue de bronze de 360 tonnes hissée à dos de mûles en pièces détachées. La statue symbolise la paix entre l’Argentine et le Chili et pour nous la dernière vue sur ce pays qui nous aura véritablement enchanté. Par la beauté, la variété et la puissance de ses paysages, il s’est fait une belle place dans nos cœurs aux côtés de l’Equateur et de la Bolivie.
Un dernier regard sur le drapeau. Tout le monde descend…
Vindieu ! Vlà t’y pas qu’on monte à la capitale ! (du 24 au 29 mars)
Je disais donc que nous avions rencontré un couple de jeunes. Et pas de djeuns. En effet, ils ont 24 ans mais la tête sur les épaules, un vocabulaire tout à fait compréhensible et une sacrée maturité. A ma gauche, Justine copie conforme de Florence Foresti (ça, c’est pour que tu arrêtes de lire, Justine) mais en bien plus jolie et sympathique (là, tu peux continuer), vivante, étudiante pour être instit, très branchée développement durable, fan de voyage et ne sachant pas qui est Goldorak. A ma droite, Tristan, copie conforme de quelqu’un surement, en pleine force de l’âge, cordiste (si, si, ça existe…), fan de grand air, de bonne bouffe, de couteaux et de son combi. Ils sont tous les deux ouverts et verts comme les lentilles de chez eux (c’est une blague d’Hélène, je décline toute responsabilité).
La rencontre a commencé par un café, elle continue le soir avec un dîner à 6 avec Karine et Xavier, dit les Laurent (voir épisode précédent). On se raconte nos parcours et le courant passe bien. Soif d’aller vers l’autre, réflexion sur l’état de planète, désir de dormir dans des coins loin de l’auberge décrite dans le routard, pas peur de prendre des décisions (aller faire du télémarketing pour “le bon coin” à Malte, en vlà une idée quand même…), Justine et Tristan nous plaisent bien. Le lendemain de la randonnée au cratère de Noël, nous restons à glandouiller au bivouac avec les Laurent pendant que les jeunes montent au cratère. Toute la matinée, on se dit qu’on devrait bouger tôt quand même car nous ambitionnons de faire le lendemain soir avec les Laurent un combiné visite de caves / restaurant gastronomique conseillé par nos amis les Géonautes. En effet, sur la route de Santiago, le climat s’assèche, les pâturages laissent place aux vignes. Comme il y a plus de 500kms, connaissant notre rythme, cela nous est tout bonnement impossible en une traite. Karine et Xavier eux en sont capables, étant donné qu’il savent se lever le matin. Ils décident donc de ne partir que le lendemain. Nous, on décide de partir en tout début d’après-midi. Hum, hum.. Bon, on traîne (surprenant n’est ce pas?) donc on finit par laisser le temps à Justine et Tristan de redescendre de leur balade, ce qui va permettre de les avancer sur leur trajet qui va aussi au Nord. Bon, ben, vu que vous êtes là, on va pas partir sans prendre le café ! Résultat : un départ à 17h20, heure à laquelle on se fixe généralement pour objectif de trouver se poser. Allez, c’est pas grave, ça sent le bivouac catégorie naze mais bon… On roule bien, Justine déployant des merveilles d’ingéniosité pour occuper les enfants à l’arrière avec Hélène, et Tristan me tenant compagnie très agréablement devant.
On tente alors l’aire de repos sur autoroute, pas faite jusqu’ici puisque … c’est notre première autoroute ! Sauf que le gardien nous la joue péruvienne, c’est à dire: “Ouh là ! C’est dangereux ici mon bon monsieur ! Y’a eu des assauts sur des routiers ! Faut dormir devant ma guitoune.” qui se trouve être à 20 mètres de l’autoroute. Passons. On roule maintenant de nuit, le moyen le plus sûr de trouver un bivouac vraiment pourri. Nous offrons donc à nos hôtes le second type de bivouac idéal d’un séjour avec les Manohé, après le garage, la station-service ! Devant les 3cm2 de pelouse situés à 5 mètres des pots d’échappement des poids-lourds, les jeunes acceptent de dormir dans Hari avec nous. La station-service est assez représentative de sa catégorie: elle propose douches chaudes (pas toujours), wifi (souvent) et aussi belle combinaison d’aboiements de chiens errants (fréquent) et de démarrage de camion dès potron-minet (systématique). Ils dorment sur la table centrale et mentent au matin comme des arracheurs de dents: “si si, on a bien dormi!”. Moi qui dort n’importe où et qui ai passé une des pires nuits du séjour, je n’en crois pas un mot. Non seulement ils sont sympas mais en plus ils sont polis ! On se disait avec Hélène qu’encore une fois, les valeurs qui nous tiennent à cœur sont bien mieux représentées et conservées dans les campagnes que dans les villes où la téléréalité, la mode et l’hyperconnectivité déforment un peu trop à notre goût les esprits. Bien que nous soyons de purs produits de la ville et de la région parisienne, beaucoup de nos amis ne sont pas citadins d’origine. De là à déménager en rentrant ?
Peur sur la vigne
On rallie le vignoble Miguel Torres qui nous promet nuit au calme dans les vignes, wifi et menu gastronomique le lendemain. Oui mais voilà Miguel fait une petite sauterie privée pour la fête des vendanges donc pas de romanos sur son terrain aujourd’hui. “Mañana” nous dit le garde. Bon, on est au Chili, on va le croire. On aurait été en Argentine, avec un mañana, on ne serait pas revenus… On cherche les Laurent dans les stations-service alentour mais personne. On n’arrive pas à se résoudre à redormir chez Shell ou chez Copec. Ça tombe bien, la nuit tombe, c’est le bon moment pour aller chercher un bivouac dans une banlieue paumée d’une ville pourrie. Mais la chance rebascule vers nous et après une jolie tentative de première à droite dans une ruelle étroite et sans issue (merci Max…), obligeant à faire 300 mètres en marche arrière entre deux murs, nous trouvons notre bonheur dans le “balneario” local, comprenez le coin où les villageois viennent faire l’asado, tremper les pieds dans la rivière et jouer au foot, comprenez un mélange d’aire de pique-nique dont le matériel date de 1930 et de décharge. Oui, j’ai quand même parlé de chance car nous sommes samedi mais personne ne viendra boire et beugler à côté du camping-car dans la nuit alors que c’est normalement le sort réservé à tout voyageur tentant de dormir en Amérique du Sud dans un lieu un peu mais pas trop à l’écart d’une ville le vendredi ou samedi soir. Le lendemain, ils recommencent: “On a bien dormi !”. Bon, faut faire quoi pour qu’ils soient déçus ceux-là? Ah, une idée ! On va leur plomber le budget routard en les obligeant à venir déjeuner dans le resto gastronomique avec nous. Hé, hé…
On repart donc chez Miguel. On est soulagés à l’arrivée: les Laurent sont là et le resto ouvert. Les enfants sont aux anges et s’ébattent sur les pelouses du très sélect domaine. Je me renseigne sur le restaurant et suis accueilli fort aimablement: Miguel nous prépare un salon privé ! Rien que ça ! Bon alors on s’habille bien. Noé sort sa belle chemise offerte par Grand’Ma (tu apprécieras les photos, maman), Manon une belle jupe mais Hélène et moi avons du mal à trouver quelque chose de vraiment présentable. Pas bien grave, ça fait longtemps que je fais tâche avec ma tignasse et ma barbe mal coupée (tu n’apprécieras finalement pas toutes les photos, maman).
Nous nous offrons un super moment tous les 10: amuse-bouche, entrée, plat, dessert, chacun accompagné d’un vin sublime pendant que les enfants jouent en terrasse. Certes Noé joue à Mimi Cracra dans les bassins décoratifs du restaurant mais là encore, nous sommes sauvés par le fait d’être en Amérique du Sud. L’enfant est roi et je n’ai pas de commentaire de la part des responsables. Le repas en images, bon appétit !
On sort tard de table. Nous avons le droit de rester dormir sur place mais devons nous placer proche de l’entrée. Je monte dans le camping-car et démarre. Le camping-car se met à bouger dans tous les sens. Mince, un problème d’injecteurs qui fait vibrer autant le moteur ? Impossible. Bon, les jeunes, c’est très drôle de se suspendre au porte-vélo… Mais je regarde dehors et Tristan n’est pas en train de faire le singe mais me regarde en me faisant signe que ça bouge aussi dehors. Hélène me demande alors de sortir du camping-car: c’est un tremblement de terre. La vigne bouge, les jambes tremblent, l’alarme du resto se déclenche et Hari continue la java. Drôle de sensation ! On se regarde tous. Rien de cassé, rien par terre. Encore surpris par l’évènement, un gardien vient nous rassurer en nous disant que c’est la catégorie en-dessous du tremblement de terre (terremoto), c’est le “temblor” mais qu’il était quand même costaud. On apprendra effectivement le lendemain qu’à l’épicentre, à 60kms de là, l’échelle de l’ami Richter a atteint les 6,8. On est bien dans le terremoto à ce niveau là. Nouvelle expérience offerte par l’Amérique du Sud.
Allez, troisième nuit dans Hari pour les jeunes. Ils viennent de craquer une semaine de budget mais ils s’accrochent… Nouvelles tentatives alors pour les faire fuir: on dégrade encore la qualité des repas (soupe lyophilisée dont une ultra-épicée) et on leur met la pâtée au Times’up (on passe une super soirée avec Karine et Xavier entre mimes et poses délirantes, histoire de voir quand même que 10 ans d’écart, ça fait déjà un sacré décalage culturel, hein miss Goldorak ?). Et bien non, pas suffisant. Le lendemain, même topo: “On a bien dormi !”. Soit, roulons… On dit au revoir aux Laurent en se donnant rendez-vous sur Santiago deux jours plus tard.
Et dire qu’on se croyait citadins…
26 mars, c’est le jour de faire notre entrée dans la capitale. Nous devons nous quitter avec Justine et Tristan car ils ne s’arrêtent pas à la case Santiago, ralliant la montagne et la meilleure amie de Justine pour trois semaines. Nous visons donc la gare routière. Mais l’entrée dans le centre de Santiago est folklo. Nous tombons sur des panneaux farfelus à tous les coins de rue du genre “interdit de tourner entre 7h et 10h du lundi au vendredi excepté taxis et bus” ou des rues à double sens qui passent à sens unique aux heures de sortie de bureau ! Les tentatives de désengorger Santiago aux heures de pointe ont complexifié considérablement les règles de conduite (et accessoirement les tarifs de métro qui changent en fonction de l’heure de la journée !). En plus nos deux “plans” bivouac sont l’un faux, l’autre obsolète. Fort heureusement, nous finissons par trouver un parking gardé. Le gérant n’est pas chaud pour nous accueillir mais vu que nous avons des enfants, il fera une exception et nous laisse dormir sur place. En revanche, il est trop tard pour les jeunes pour se rendre dans leur bled. Ce sera… nuit dans Hari ! Font exprès, j’vous le dis ! On passe une dernière et encore très bonne soirée, profitant d’une terrasse en ville, d’une bière bien fraiche et d’un match de foot nocturne dans le parking!
Le lendemain, tout le monde quitte Hari, nous pour monter en haut du cerro San Cristobal, les jeunes pour rallier la gare routière. L’ambiance est lourde. On se quitte tristement entre deux métro. Tout s’est passé si naturellement et simplement que c’est l’au-revoir qui est compliqué. C’est aussi ça le voyage; des amitiés qui naissent vite et auxquelles on doit renoncer, sans savoir pour combien de temps. On a du mal à trouver quoi se dire, perdus entre la sensation d’avoir créé un lien fort et la réalité d’un au-revoir qui pourrait être un adieu. On fait donc un dernier signe par la porte du métro et il nous faudra quelques minutes avant qu’Hélène et moi ne prononcions un mot…
On erre un petit peu dans les rues du quartier de Bellavista (qui sera notre préféré) perdus comme après le départ de nos proches, ne sachant finalement pas trop ce que nous faisons dans cette ville. On se raccroche au programme du bon touriste et on prend le funiculaire pour voir la ville d’en haut, au pied de la vierge qui veille sur la capitale (désolés pour les photos de la ville mais le reflex est resté tout le séjour caché dans Hari, pick-pockets obligent).
On prend deux chocs immédiats: la taille de cette mégalopole (40 kms de largeur, 1/3 des habitants du Chili !) et surtout la pollution. Un brouillard dense grise l’horizon et la cordillère pourtant si proche. Affolant et inquiétant. Nous déambulons un peu sonnés et rentrons fatigués au parking. Nous sommes surpris par nous-même: nous qui sommes des produits citadins, nous avons beaucoup de mal désormais avec le bruit de la ville et son agitation. Les sollicitations visuelles, sonores et olfactives sont trop nombreuses, usent les sens et nous épuisent. La vie dans les parcs, dans les immensités des paysages d’Amérique du Sud nous a probablement changé.
Franck, le gérant du parking, nous accueille à bras ouvert, nous demandant comment fut la visite, nous donnant les clés des vestiaires pour que nous prenions une bonne douche chaude. Plus tard dans la soirée, sa fille vient visiter le camping-car et revient dix minutes après avec un stock de jouets pour Manon. On doit refuser tellement “c’est trop” dixit Manon ! On les remercie beaucoup en les rassurant sur le fait que nous accueillir est déjà un beau cadeau.
Mercredi, nous avons rendez-vous avec les Laurent au musée interactif de la ville, sorte de cité des sciences de la Villette mais… en mieux ! En effet, le musée est extra pour les enfants et nous y passons 6 heures entre ciné 3D, pique-nique dans le parc, bulles géantes, matelas à clous, souffleries, dinosaures et miroirs déformants.
Nous ne dormons pas au même endroit avec nos amis donc nous devons encore nous séparer mais on reprend rendez-vous pour le lendemain. Arrivés au parking, Franck passe à la vitesse supérieure: maintenant il nous propose d’utiliser son lave-linge et nous invite à l’asado pour le jeudi soir. On fait visiter le camping-car aux copines d’Amanda, son adorable fille, et enchainons les lessives, pendant que les enfants jouent sur le terrain de foot du site. On s’endort avant la fin du dernier lavage et on retrouve le lendemain matin notre lessive étendue et sèche ! Franck veut même nous donner son petit-déjeuner. Nous sommes touchés par autant de générosité. Je m’imagine en France l’accueil d’un touriste chilien par un gardien de parking Vinci…
Je parle de la France car ce jeudi commence par une visite à l’ambassade et l’occasion de voir que les français sont quand même un peuple d’aigris, râleurs et peu aimables, toujours mécontents de leur sort alors qu’ils baignent dans les avantages (bon, d’accord, pas tous mais j’ai bien le droit de faire une bonne vieille généralité de temps en temps, c’est quand même moi le chef dans ce blog !). La fonctionnaire qui nous accueille est une caricature: pas de bonjour, pas de sourire, elle souffle d’exaspération à peine ai-je entamé une phrase expliquant mon cas (bon d’accord, je n’y mets pas du mien puisque j’ai deux amis différents qui vont voter l’un pour les premiers tours des législatives et présidentielles, l’autre pour les seconds tours des deux élections). Elle rajoute en plus cette petite touche horripilante du petit chef: la condescendance. Alors oui, je suis barbu, échevelé, en tong et short tâché par un an de lavage à l’eau froide, mais je me déplace en famille dans Santiago pour faire mon devoir civique alors être maltraité par une scribouillarde mal… lunée alors que l’Amérique du Sud rime globalement avec sourire et humilité, ça me met en rogne. Je peste et Hélène me tempère mais mémé la franchouillarde parachève le tableau alors que nous sortons: l’ambassade ferme à midi (gros horaires: 9h-12h, 4 jours par semaine), elle regarde l’horloge, avise qu’il est midi et lance à la cantonade “ah ben il est midi, c’est malin de laisser encore rentrer les gens ! ». Vive la France…
On reprend les chemins de la ville. Tiens, à propos, celle-ci nous a offert ce matin un motif de ne pas l’apprécier: Hélène s’est fait faire les poches par une pick-pocket dans le métro. Heureusement nous avions lancé le plan “grande planque”, partant peu équipés et nos avoirs bien cachés. Pas de dégâts mais l’occasion de les voir à l’œuvre dans les couloirs du métro une fois qu’Hélène les avait repérés: un qui identifie la cible et attire son attention, un qui l’approche, un troisième qui fait le guet de la foule. Pas de larcin identifié puisque le troisième en question m’a vu les observer mais nous sortons bien contents de nos précautions.
Nous passons le reste de la journée à arpenter le centre-ville qui nous laisse au final une impression mitigée. De jolis bâtiments, quelques belles places mais décidément nous ne sommes pas à l’aise avec ce bruit et ce mouvement incessant. Après une pause avec les Laurent dans un parc de jeux, nous rentrons pour l’asado. Et nous passons une excellente soirée avec Franck et Amanda ainsi que Fanny, Edwin et Carlette, famille péruvienne dont le père travaille comme laveur de voiture dans ce parking. Chacun a préparé quelque chose de chez lui (Hélène a fait des crêpes de notre côté) et parle de son pays. Franck nous conte sa jeunesse passée dès 12 ans à charger des caisses, Edwin l’exil loin des siens. Nous leur parlons de la société française et des différences culturelles et politiques entre les pays que nous avons traversé. Cela semble beaucoup les intéresser. Ce sera vraiment une belle soirée d’échange. Nous offrons un cadeau à Amanda alors Franck retourne ses placards pour trouver quelque chose à nous offrir. Incorrigible ! Le lendemain, c’est Edwin qui vient nous voir. Comme Hélène a pris la recette des papas a la huancahina de Fanny, il vient nous offrir un sac complet avec ce qu’il faut pour faire la recette: piments, oignons, épices et même sel ! De plus il nous offre un second sac complet avec des gâteaux et bonbons pour les enfants. Nous sommes vraiment touchés. Nous quittons Santiago avec regret non pour la ville mais pour la superbe rencontre que nous y aurons vécue.
Les pieds dans les lacs et la tête dans les volcans (du 11 au 23 mars)
Dimanche soir, arrivée au garage. Je soulève le capot. L’alternateur est dedans, la courroie retendue, ça sent le départ. Le lendemain, tout est nickel, le prix pas exorbitant et les checks faits sur le moteur sont positifs. Allez, c’est reparti. On fait 100kms jusqu’à Osorno pour chercher la trace du consul honoraire et faire des procurations pour les élections présidentielles et législatives qui viennent (je me dis que je fais plus souvent de procuration que je ne vote moi même d’ailleurs). On s’arrête déjeuner devant chez lui en l’attendant, on prend rendez-vous au consulat pour le lendemain mais au moment de redémarrer, plus de batterie. On s’échange des regards avec Hélène. Dur de sourire, le film nous passe devant les yeux: retour à Puerto Montt, redépose de l’alternateur et peut-être re-semaine bloqués. J’arrête un pick-up qui nous redémarre (Seb, les câbles de démarrage, c’est comme les plaques de désensablement maintenant: ils sont largement amortis). Je consulte le multimètre: la batterie charge. Ouf, ce n’est pas l’alternateur (vous avez vu, je commence à maîtriser, il y a un an je n’aurais rien compris à ce que j’écris maintenant). Je savais que la batterie finirait par souffrir de ces multiples hauts et bas et c’est le cas. Après passage dans un garage, on nous le confirme: il faut la changer. J’en souris presque car je sais que ça ne prend qu’une petite heure. On sort d’Osorno rassurés mais fatigués de la mécanique de notre monture.
Il nous faut de la buena onda, il nous faut inverser la tendance. Concentrons-nous… Vient le premier signe du destin: alors que nous cherchons un bivouac à l’écart de la ville qui ne nous inspire pas, on tombe sur un panneau “Queso” sur le bord de la route. Je m’arrête et demande le plus parfumé du magasin. On me répond en français : “Ah, t’es français ! Attends !”. Pablo a passé son enfance dans les banlieues parisiennes pour éviter le régime de Pinochet. On passe en revue ces moments de sa vie pendant qu’il me sort une tomme bien sèche de la réserve et… me l’offre ! Et puis il nous propose de dormir à côté du magasin dans un terrain rempli de mûres et de pommes. On fait le plein de fruits avec les enfants et on invite Pablo à l’apéro. Il n’est pas dispo mais les quelques mots échangés nous font deviner ce qui nous attend: la roue tourne ! Confirmation le lendemain avec des formalités expédiées vite fait au consulat, un super resto chinois à midi, le plein de bonnes victuailles et surtout le retour en force du soleil.
Yalaaaah ! Du soleil à gogo !
On se dirige vers le volcan Villarica, coin prisé des vacanciers locaux et internationaux pour sa cohorte d’activités ludiques et sportives. Les petites routes qui nous mènent dans la zone nous dévoilent une très belle région de lacs et de volcans enneigés. On croise en chemin les zoomeurs, vus à Puerto San Julian et avec qui nous avions parié que nous nous reverrions alors qu’ils descendaient à Ushuaia et que nous remontions. Et bien voilà 2 mois après, nous voilà rattrapés. On vous l’avait dit… Chacun est sur sa lancée alors on file en direction de Pucon, ville bourgeoise et frimeuse, pleine de jeunes occidentaux en mal de sensations fortes. Honte sur nous: Pucon, le symbole du jeune cool avec son lonely planet sous le bras. Et re-honte sur nous: on y a passé 4 jours fabuleux…
Tout commence par un bivouac de rêve: un parking abandonné sur le bord de la plage (je sais, ça fait pas glamour mais trouver une vue sur le lac avec pieds dans le sable dans le coin, c’est pas évident…). Les enfants jouent dans le sable au pied du camping-car, il fait super beau et chaud mais pas trop. On a vue sur le volcan Villarica du bord de plage et le soir on voit son panache rougi par la lave qui s’active au fond du cratère !
Je pars me renseigner pour faire son ascension, véritable autoroute à touristes mais qui a le mérite de donner une vue sublime à 360° sur la région des lacs et surtout d’être en activité. D’emblée, je suis prévenu: les chances de cumuler beau temps, pas trop de vent sur la crête et vue sur la lave sont très très minces. Le mieux est de passer chaque jour à 6h30 du matin à l’agence pour décider en fonction de la météo. Gloups ! Soit, allons-y. Premier jour: beau temps mais peut-être du vent. J’hésite à partir avec le groupe mais je n’y vais pas et repars me coucher. Bien vu car j’apprendrais le soir qu’effectivement le vent a empêché de rester sur la crête même avec l’utilisation des masques à gaz contre les fumées toxiques. Deuxième lever à 6h du matin: tout est nickel. Allez, go ! Et la journée est fabuleuse: 5h d’ascension sur pierre et glaciers, première utilisation de piolet pour bibi, arrivée les premiers sur le cratère avant la troupe (100 personnes ! mais c’était une petite journée, un bon jour en été, c’est 300…), une belle rencontre avec Manon backpackeuse française et Jane et Jens un couple de cyclotouristes allemands, une vue à couper le souffle et cerise sur le gâteau: de la lave ! Des jets de lave dans le fond du cratère ! Une vision unique, hallucinante, qui nous rend tout petit devant la puissance de notre planète. Bon, en vidéo, c’est court mais c’est beau !
Combiné avec la vue sur plusieurs dizaines de kilomètres et plus de 10 volcans enneigés, on mesure la puissance des éléments. On imagine le magma passer de volcan en volcan, chacun respirant à son tour, larguant ses fumées ou secouant ses flancs. Une très belle expérience qui se conclura par une belle soirée avec Jane et Jens devant le soleil couchant et un verre de vin.
Au tour d’Hélène: ce sera hydrospeed dans une belle rivière, accompagnée des fameux jeunes au lonely planet décrits plus haut. C’est pas les rapides du “Futa” mais les vagues et l’ambiance lui suffisent à avoir de belles sensations lui rappelant sa jeunesse (attention pas de méprise, c’est juste qu’elle s’est mise à l’eau vive très tôt. Comme dit le film, Hélène ne vieillit pas, elle murit !). Une journée superbe pour elle pendant que les enfants s’éclatent dans le sable après que Manon ait profité de sa matinée de classe. Et oui ! Manon est allée à l’école ! Nous avions sympathisé deux jours avant avec les instits de la maternelle qui donne sur la plage et ils ont invité Manon d’abord à faire la balade de fin de matinée avec les classes puis le lendemain à assister à la demi-journée complète (les enfants ne vont à l’école que le matin). On est très fiers d’elle car elle a pris sur elle et est restée sans problème sans nous dans cet environnement dont elle ne maîtrise pas la langue. L’après-midi, elle fanfaronne même en saluant une petite sur la plage et en nous lançant l’air blasé: “ouais, elle était dans ma classe”.
Noé quand à lui a aussi son petit défi du moment: la propreté. Après une tentative assez heureuse il y a un mois, interrompue par la pluie et la diarrhée (décidément, c’est vraiment pas un article glamour…), nous reprenons avec le retour du soleil. Et ça se passe bien. Monsieur fait maintenant en extérieur ses “pipis gazon” (merci Véro pour la chanson du pipi!) et s’enferme seul dans les toilettes quand c’est la grande commission, nous fermant la porte aux nez en nous disant “laisse tranquille !”. Bon, il y a encore quelques accidents mais ils deviennent rares et les couches en sortie de sieste sont très souvent sèches. Prêt pour la maternelle et plus tôt que sa soeur. Chouette ! Quand on vous dit qu’on a la bonne vibe !
A notre dernier soir sur place, un autre geste du destin vient parachever notre petit séjour sur un nuage: nous avons le grand plaisir de découvrir deux petits lapins tricotés glissés dans la poignée de la portière. Ils sont accompagnés d’un petit mot de toute l’équipe de la maternelle qui nous souhaite bonne route. Merci à vous tous.
Allez, les filles, en selle !
On quitte Pucon avant le WE pour éviter la cohue et on se réfugie dans les montagnes alentour. Le temps est moins bon mais c’est tant mieux car nous avons prévu un passage aux thermes, dans des piscines naturelles très chaudes. Un vrai bonheur après ces journées d’activité.
Les enfants s’éclatent et après à peine 10 minutes de voiture, ils dorment profondément tous les deux. On rejoint une ferme équestre réputée mais perdue dans les montagnes. Nous voulons refaire faire du cheval à Manon après ces premières expériences équatoriennes et boliviennes. Au bout d’une piste en sacrée pente (20 minutes en première…), on arrive dans un superbe cadre. Une écurie splendide, un écrin de verdure dans la montagne où des chevaux pas encore dressés s’ébattent en liberté. On dort chez eux dans un silence royal et le lendemain, nous sommes pris en charge par le “dueno”, adepte de l’équitation traditionnelle chilienne et de ses rodéos. Manon se voit dotée d’un cheval magnifique, plus grand que celui de sa mère mais elle n’est nullement impressionnée. Noé essaye la bombe de sa sœur mais son look n’est pas très cavalier. Encore un peu petit le garçon, on verra plus tard pour monter en selle.
Un petit tour dans le manège, histoire de voir si mère et fille se comportent suffisamment bien aux yeux du boss…
… et c’est parti, elles montent ainsi à l’assaut de la montagne pour un peu plus de 2 heures, Hélène s’essayant même au galop. Laetitia, Inès, on a beaucoup pensé à vous et on s’est dit que nos deux filles pourraient bien cavaler ensemble un des ces jours. Ces photos sont pour vous.
Des volcans, encore et toujours !
Le choix est maintenant difficile. Nos amis les géonautes rentrent sous peu de l’île de Pâques et nous aimerions les rejoindre à Santiago mais nous sommes déjà très en retard à cause de la semaine qu’Hari a passé au garage et pas sûr de les voir même en filant directement sur Santiago. De plus nous ne pouvons nous résigner à quitter la région immédiatement. Les parcs Conguillo et Malalcahuello nous ont été tellement recommandés, nous sommes tellement bien dans ces paysages verdoyants que nous décidons de prendre notre temps. On part donc en direction du Conguillo. La pluie nous accueille dans la vallée comme pour nous faire regretter notre choix. On monte quand même au parc et la buena onda est toujours sur nous : après la pluie lors du trajet, le soleil pointe le bout de son nez en fin de soirée, nous permettant une balade quasi nocturne dans un environnement incroyable. La route d’entrée sud du parc est en effet placée dans une coulée de lave. Un décor lunaire, surplombé par le majestueux volcan Llaima qui joue avec les nuages. Une rivière coule dans la pierre noire et a creusé au fur et à mesure des années un canyon dont les flancs laissent apparaitre un mille-feuille constitué des couches successives de lave déposées pendant des milliers d’années d’activité.
Le lendemain, le Llaima étincelle sur un ciel azur. Nous partons pour une très belle rando dans le parc. Les enfants sont courageux et font leurs 600m de dénivelé. On croise par hasard en haut Jane et Jens pour un dernier au-revoir. Le soir, nous dormons à la sortie du parc avec une autre magnifique vue sur le Llaima et des vénérables auraucaria, arbres millénaires, sacrés pour les Mapuche qui en cuisinent les pignons (très bons ! au léger goût de châtaignes). Nous fabriquons un beau tipi avec les enfants et contemplons le soleil rosir les nuages.
Nous partons le lendemain sous un ciel de nouveau immaculé pour un autre parc, le Malalcahuello. Adios y gracias Conguillo !
Et c’est une double belle surprise puisque le parc est somptueux et qu’il est peuplé d’…un camping-car français ! C’est ainsi que nous faisons la connaissance de la famille Laurent en voyage pour 4 ans autour du monde. Les enfants sautent de joie. Manon retrouve une copine de son âge, Maylis pendant que Noé retrouve avec Alexis un “grand” comme son copain Andréas. Les filles s’acoquinent immédiatement et Alexis est adorable avec elles et avec Noé, participant à leur univers et leurs créations. Pour nous c’est le retour de l’apéro et des dîners qui durent après minuit. Comme à chaque fois, les discussions en viennent vite à l’essentiel et comme parfois au douloureux.
Nous partons tous ensemble au matin dans Hari grimper au pied du volcan Lonquimay. Hari sur la lune. Vous l’avez rêvé, nous l’avons fait. Cherchez-le en revanche…
Incroyable décor que celui que nous découvrons à 1700m: sable noir, roche volcanique. Du rouge, du noir, du gris, du blanc. Une palette surnaturelle laissée par les éruptions successives. La dernière en date a d’ailleurs laissé un sacré souvenir au paysage: le cratère Noël, nommé ainsi car il s’est formé le 25 décembre 1988 sur le flanc du Lonquimay, la pression du magma s’étant échappée sur le côté. Le voilà:
Nous pouvons imaginer, à la hauteur de ce cône de plusieurs centaines de mètres, la puissance de l’éruption puisqu’avant lui, il n’y avait… rien. Manon grimpe bien, Noé ayant par contre compris le truc dès que nous partons avec le porte-bébé. Au bout de quelques minutes, il se met devant moi, se bloque contre mes jambes et entonne sa phrase fétiche ”papa, c’est dur marcher…”. Finalement, le Villarica, avec seulement 7 kilos d’équipement, c’était bien plus facile… Nous sommes tous récompensés par la vue d’en haut et des fumeroles brulantes qui s’échappent de la roche. Chacun des enfants plonge sa main dans la vapeur d’eau, surpris par la température. Au retour, concours de roulade dans le sable noir, sous le regard attendri de maman contemplant ses 3 enfants.
Lanin, Osorno, Calbuco, Chosuenco, Villarica, Quetrupillan, Solipulli, Llaima, Lonquimay, Tolhuaca, Copahue, Antuco: autant de volcans, autant de couleurs, de paysages différents. Une nature à la fois douce et verte et à la fois aride et tourmentée. Cette région des lacs du Chili nous laissera un très grand souvenir.
Pendant que je passe en revue dans ma tête le nom de tous ces sommets lors du déjeuner, nous voyons arriver deux “jeunes” comme nous les appellerons (il faut bien se faire une raison…). En voyage sac au dos pour quelques mois sur le continent sud-américain, Justine et Tristan plantent leur tente pas loin des camping-cars. Nous les invitons à boire le café et commence alors une belle page de notre voyage. Mais c’est une autre histoire…
Chiloé : la vie sac au dos (du 5 au 11 mars)
Lundi matin, Lulu vient de nous quitter et Ford ouvre ses portes. Commence la désormais “classique” journée garage. Démontage de l’alternateur et pendant ce temps, j’en profite pour bricoler avec le matériel du garage: scie sauteuse, meuleuse, perceuse, cartons pour la peinture et voilà une charnière de porte réparée, un système de blocage de la porte d’entrée fabriqué et monté ainsi que des pièces peintes anti-corrosion. Je suis content, je progresse… Hélène s’affaire à la lessive avec l’eau chaude du garage et on se dit qu’avec l’alternateur qui nous est promis pour le soir et le WE gardiennage avec Lulu, on se débrouille plutôt pas mal. Sauf que… l’alternateur a un pépin plus costaud que prévu et il faut une semaine pour l’envoyer à Santiago se refaire fabriquer un stator et revenir. J’en ai marre… Marre d’avoir une panne incapacitante tous les 2 ou 3 mois, marre d’avoir dépassé les 2500 euros de frais sur cette machine. Bon, à chaque fois, on progresse, on corrige, on améliore : freins neufs, amortisseurs neufs, injecteurs retapés et cette fois, le garagiste qui m’assure que le stator défectueux serait l’origine des deux pannes d’alternateur de l’année dernière. Allez, je le crois mais c’est pas suffisant pour me redonner le moral… Mais arrive super Hélène ! Hélène qui se pare de l’optimisme dont je fais généralement preuve mais qui me fuit dès que les mots mécanique, électricité, panne sont répétés dans 2 phrases consécutives. Elle commence la thérapie: il commence à faire beau, nous sommes en face de la splendide île de Chiloé qui se fait de toute façon en aller et retour de Puerto Montt, ce séjour se fait plus facilement sans véhicule puisque c’est un chapelet d’îles dont les plus belles ne sont pas accessibles avec notre bahut, ça va nous faire des vacances sacs au dos, souviens-toi d’El Chalten, bla, bla, bla… Et ça marche ! Je vois le côté positif des choses et reprend du poil de la bête. Hari sera bien gardé au chaud dans le garage et ils me font en attendant deux ou trois petites vérif que j’attendais de faire. Tout va bien. On y va !
Mélangez la Bretagne et l’Autriche
Manon est d’emblée enchantée par le voyage “backpackers”: elle prépare son petit sac à dos avec ses affaires et celles de son frère. Et puis, on va prendre le bus ! Le super bus ultra confortable! Nous voilà donc partis direction Castro, petit port de pêche de la côte est de Chiloé. Nous sommes immédiatement sous le charme: maisons de pêcheurs colorées, barques, paysage de bocage avec arbres fruitiers, moutons et cochons, églises en bois très jolies. Un air de Bretagne mais à une grande différence près, car nous sommes chanceux sur le temps: les paysages bucoliques se déroulent sur fond de cordillère des Andes enneigées. Nous avons ainsi le droit à des panoramas incroyables de chalutiers jaunes sur fond d’île verdoyante avec en arrière-plan sur l’horizon 200 kms de cordillère avec ses pics neigeux. Ça ne rend pas en photo mais avec nos petits yeux, quel bonheur! Et puis cette chance durera la semaine, ce qui semble assez exceptionnel puisque la légende des guides touristiques veut qu’il pleuve ici 370 jours par an, ce que démentirons nos hôtes. Et puis nous goûtons un autre voyage: le camping-car est un parfait sésame pour explorer les étendues sauvages et vierges de l’Amérique du Sud mais il coupe de la population. Le pendant du cocon chaleureux pour l’occupant, c’est la demeure fermée pour les locaux. On a tendance à s’y retirer, limitant les contacts au pompiste, au boulanger, au guardaparque et bien sûr… au garagiste
. Chiloé est le bon endroit pour inverser la tendance et se remettre au contact avec la population car elle possède quelque chose qui nous manque depuis qu’on a quitté le Nord de l’Argentine: une véritable culture. Architecture, cuisine, artisanat, mythes et contes… un grand contraste par rapport à l’Argentine et au Chili que nous connaissons, où la culture se limite quand même pas mal au gaucho, à l’asado et au maté. Enfin l’hébergement chez l’habitant veut vraiment dire quelque chose, nous allons le découvrir.
Dès le premier soir, nous déambulons sur le port pour observer les constructions traditionnelles sur pilotis: les “palafitos”. Le quartier des pêcheurs fonctionne encore à l’ancienne. Devant nous on coupe le bois pour l’hiver, pour le poêle autant que pour la cuisinière. Les femmes rentrent du marché avec des coquillages et du poisson, les enfants jouent dans la rue et les hommes boivent des bières sur le port et sur la plage, un peu partout, un peu beaucoup…on vous avait dit que ça nous rappelait la Bretagne! On finit notre première soirée dans un restaurant où on se régale de ceviche (souvenir du Pérou) et de poisson blanc mitonné aux légumes. On découvre aussi que les prix insulaires sont très raisonnables par rapport au Chili que nous connaissons et à l’Argentine: 20 euros la chambre triple et 25 euros le repas pour 4 avec entrée, plat, vin blanc et jus de fruits.
Le lendemain, après un petit-déjeuner fruits-gâteaux sur la place du village, départ en bus local pour la côte Pacifique et l’entrée Sud du parc national Chiloé où nous passons une superbe journée, enchainant une balade dans une forêt pluviale impressionnante et une autre en bord de plage. Obligation de traversée un gué à hauteur de genoux pour rejoindre le Pacifique mais les enfants sont ravis de franchir une rivière sur les épaules de papa. Lumière sublime, étendues maritimes sauvages, un vrai bonheur de retrouver l’océan comme à la maison.
Repas rapide le soir et retour à l’hôtel où il n’y a qu’à s’endormir. Il faut l’avouer, cette vie nous plait bien: aucun stress, rien à cuisiner, rien à réparer. Lors des trajets, on est disponibles pour les enfants. Pas de fatigue nerveuse, pas de cris. Et finalement, on est surpris budgétairement. Nous dépensons en moyenne 60 euros par jour lors de ce voyage, l’essence et les réparations représentant une part non négligeable (7 euros pour les réparations, 13 pour l’essence) et le budget n’évolue pas ici: 20 euros pour se loger, 30 pour manger et le coût des transports est faible (20 euros pour faire 150 kms à 4 !). On se dit que finalement ce mode de vie peut être très sympa dans un pays aux infrastructures de transport en commun bien développées, si les prix des logements et nourriture sont réduits.
Chez l’habitant: toute la différence
La suite du voyage va nous donner encore plus raison. On quitte l’hôtel et la “grande” ville de Castro (30 000 habitants) pour aller dans le village de Dalcahue et nous nous trouvons une maison d’hôte familiale qui enchante les enfants: grand terrain en herbe, salle à manger commune avec la famille, grand-mère accueillante et belle chambre pour nous 3. Ils s’intègrent vite: pendant que nous prenons le café en regardant la mer, ils aident le fils aîné à rentrer le bois observés avec malice par la propriétaire ! On part visiter l’île d’en face: très belle église réalisée entièrement en bois (aucun clou !), buissons de mûres dévalisés, jeux en face de la cordillère, et le soir en rentrant on est accueillis comme à la maison. La propriétaire a préparé un délicieux gâteau aux pommes dont Manon et Noé se régalent attablés avec la famille. Au coucher, Manon nous dit dit aller aux toilettes mais après plus de dix minutes, personne. Hélène sort vérifier et trouve la miss dans les bras de la proprio à regarder une émission à la télé ! Le lendemain, elle fait les lits avec elle. Notre princesse nous reparle d’ouvrir son hôtel; décidément ça lui tient à cœur! Elle nous parle de la journée passée au backpackers de Lima à faire les lits avec Beatriz comme étant un de ses meilleurs souvenirs d’Amérique du Sud ! Incroyable que ce moment soit aussi vivace dans sa mémoire car il revient souvent. En fait, la vie en hôtel semble vraiment lui convenir. On se fait même engueuler quand on veut quitter la maison d’hôtes pour aller marcher. Reste à voir si ce serait le cas sur le long terme…
On quitte notre hôtesse pour prendre le bateau vers une île plus éloignée. Tarif défiant toute concurrence (5 euros à 4 les deux heures de navigation !) mais confort sommaire: soit dans la soute avec odeur de gasoil et hublot crasseux à partager à plusieurs, soit sur le pont dans le vent. Là encore il fait beau alors on navigue en plein air, les embruns plongeant Noé dans un profond sommeil.
On atterrit sur une perle de l’archipel: Mechuque. 500 habitants, pas de voiture (on en aura discerné dans un garage mais aucune ne roulera pendant nos 2 jours sur l’île), électricité uniquement de 18h30 à minuit, un seul hôtel-restaurant-bar-boulangerie. On s’y rend avec Yanette et Alex deux touristes chiliens avec qui nous avons sympathisé. On est accueillis par Dona Orfelina, personnage génial, dotée d’un sens de l’humour aussi impressionnant que son énergie. Ici c’est pension complète pour 32 euros pour 4, qui dit mieux? On est prévenus également: les enfants font ce qu’ils veulent ici. Manon ne perd pas le rythme: elle fait du pain avec Orfelina puis part faire des emplettes avec elle! Avec Yanette et Alex le courant passe super bien. Alex vit depuis 20 ans en Hollande et Yanette depuis 6 ans. Ils ont la cinquantaine, le regard pétillant de deux curieux et la sagesse de ceux qui ont vécu. Le premier soir à table est l’occasion de parler politique européenne et chilienne, éducation des enfants, voyage. Orfelina se joint à nous pour la tisane et on discute des histoires du village, de sa vie, de ses enfants.
Le lendemain, un sujet que j’ai tendance à occulter (volontairement ?) pendant ce voyage vient s’assoir à la table du petit-déjeuner: l’écologie, sur le thème “Voyager, c’est détruire”. Détruire par notre consommation d’essence, de kérozène, de matériel et pièces de rechange, de fréquentation de supermarchés (et oui notre bilan carbone en voyage est pire que notre vie en France, je vous ferai un article dessus un jour…), détruire par l’uniformité culturelle que nous véhiculons, détruire par l’image de bien-être par la possession que nous donnons. Tous avec nos belles chaussures de randonnée, nos vestes Gore-Tex, nos ordinateurs, nos appareils photos reflex, transmettant, souvent sans le vouloir, l’image de l’avoir plutôt que de l’être. Je repense au luxe et même à l’obscénité que peut représenter un camping-car au milieu d’un village de l’altiplano. Sans qu’on le veuille, c’est comme s’offrir un dîner pantagruélique au milieu d’un village du Soudan. D’ailleurs la première et principale question qu’on nous pose sans cesse en voyage est : “combien coûte votre véhicule ?”. Et quand on parle de voyage, on nous répond qu’il faut accumuler de l’argent pour cela. Il faudrait voyager dépouillé avec un vieux sac à dos, de vieux vêtements sur le dos pour ne pas déplacer le débat systématiquement sur l’argent. Avec un camping-car, peine perdue.
Dona Orfelina nous explique que ses enfants ont quitté l’île pour la ville qui donne accès à plus de confort matériel, que la pêche est abandonnée car trop dure et trop mal payée. La discussion est dure pour nous qui sommes renvoyés à ce que nous sommes: des consommateurs de voyage, consommateurs de kilomètres, de sensations, de culture pré-digérée et exposée en sites touristiques, en musées ou en restaurants. On parle de ce pêcheur qui construit plus loin sa barque seul sur la plage. Il est venu sur l’île pour 4 jours. Il y est depuis 12 ans. Nous ne sommes pas capables de nous arrêter, de partager du temps avec ceux que nous rencontrons, de passer plus de trois, quatre jours au même endroit. “Chiloé, ça se fait en 4, 5 jours. Pas plus”. Combien de fois l’a t-on entendu et on le fera aussi. Alex et Yanette ont traversé l’Atlantique pour venir 3 semaines sur cette île de 80 kms sur 40, pour rompre avec cette consommation. Pour la vivre pour de vrai. On le sent dans la façon dont ils discutent avec Orfelina, son mari et son fils. Et on réalise aussi que nous ne nous comportons pas souvent comme ça. On est parmi les voyageurs les plus lents qu’on croise mais nous sommes comme les autres membres de la tribu des tourdumondistes: au bout de 4 jours au même endroit, on veut aller voir plus loin, voir autre chose alors qu’on a même pas idée de ce qui se trame sous nos pieds, de ce qui se vit dans le village où on est garés. C’est comme un animal: ça s’observe 10 minutes, maximum. Et puis il faut avoir tout vu. “Ah, vous avez pas vu ça ? C’est dommage…”. Nous qui nous attachions à nous séparer du bien-être matériel à Toulouse, réduisant nos consommations diverses, nous retombons dans une autre consommation: celle des instants, des vues, des panoramas, des photos. Comme le voyage nous tient à cœur, nous réalisons que nous y transposons notre éducation, notre société: on ne veut pas louper un truc, on veut optimiser, zapper le “déjà vu”, on guette le bon plan, le “coup de cœur” du guide de voyage, l’endroit inaccessible aux autres. Moi qui ai mis du temps à me débarrasser de la compétition professionnelle, de la comparaison des carrières, des trajectoires sociales (réussite totale dans ce sens en revanche, je le réalise pleinement maintenant), je retrouve de vieux et vilains réflexes. Des ‘”ah nous on a pas fait ça…”, des “ils ont de la chance”, que je ne pensais pas connaitre en passant dans la case du voyage au long cours. Constat d’échec ? Quelque part oui mais je me soigne
. J’essaie de laisser passer le temps. Je n’arrive pas encore à me sortir la tête des guides et reste préoccupé à l’idée de manquer “l’immanquable” mais j’essaye au moins d’être à l’écoute de ce et ceux qui m’entourent quand je les traverse fugacement. Pas facile.
Pour revenir à la consommation de voyage, comble du malaise, Dona Orfelina nous a préparé pour ce midi la spécialité locale : le “curanto a la hoya” (voir épisode précédent pour la définition du curanto), car elle sait que tous les touristes viennent ici pour le déguster.
Elle me rassure et me dit que cela lui fait plaisir de le faire pour nous et qu’elle l’aurait fait pour eux de toute façon mais je sens qu’elle dit ça pour moi. On se régale quand même car les fruits de mer sont frais du matin, les galettes de pommes de terre faites maison et que la discussion est franche et réelle à la table du dimanche. Un plaisir d’échanger pour de vrai, un moment face à nos faux-semblant et à la dérive du monde vers le toujours plus, plus vite, plus loin, plus extrême, plus unique.
La nuit a en revanche été éprouvante car Manon a déclenché une grosse fièvre. Hélène a ce qu’il faut sous le coude mais nous devons quitter notre petit paradis le lendemain car si cela se détériore, le paracétamol pourrait ne pas suffire. L’isolement a pour nous des limites! On tombe à regret et à nouveau dans la case du touriste lambda, une nuit et pas plus… Alex, Yanette et Orfelina nous raccompagnent au bateau qui doit nous emmener vers la quiétude d’une pharmacie proche et ouverte. On se fait une grosse bise sur le quai. On s’invite à se rendre visite en France et en Hollande. Je ne saurai pas si c’est une des ces propositions contraintes et vacancières comme nous en faisons parfois ou si cela vient du cœur mais pour moi, j’y crois et j’y tiens. Alex, Yanette, Orfelina, merci pour ce moment de partage et de remise en cause. Notre porte est grande ouverte.
Le mot de la fin
On décide de revenir auprès de notre première hôtesse, à Dalcahue. On y passe encore une bonne journée à ne pas faire grand chose et à apprécier de le faire. C’est l’heure de rentrer au garage. On se quitte par des embrassades.
Nous aurons vraiment apprécié ce changement de vie, cette itinérance qui laisse plus de place à la détente, aux rencontres et aux réflexions. Il faut certes les moyens financiers de la vivre. Surtout à Manon qui nous dit préférer ce mode de voyage à celui en camping-car, par les rencontres que cela occasionne. Le mot de la fin lui revient.
- « Maman, pourquoi ils sont aussi gentils les gens ici? »
- « Ce sont des gens bien élevés; ils sont gentils avec les personnes qu’ils accueillent » – « Et bien ce sont les personnes les plus élevées que je connaisse ! »
Lulu la vaillante ! (du 28 février au 4 mars)
Et on nous dit que ce qu’on fait c’est l’aventure… Tu parles, tranquillement au chaud dans notre camping-car, avec un frigo plein à craquer, lit avec matelas royal, salle de bain avec eau chaude à volonté, toilettes. L’aventurier ou plutôt l’aventurière, la voilà qui débarque pour nous voir: c’est Lulu la vaillante comme dira le gardien de nuit du garage où nous finirons notre séjour ensemble (ne lisez pas de suite la fin, gardez le suspens). Imaginez: ramener un vélo et 4 sacoches soit 40 kilos de bagage de Toulouse à Paris en train, puis de Paris à Buenos Aires en avion puis de Buenos Aires à Bariloche en 20h de bus,… pour se faire carretera australe et compagnie seule et en autonomie pendant 10 jours (tente, sac de couchage et repas froids). Sachant que la carretera, c’est ripio et terre pourrie et probabilité de pluie à 90%: la voilà l’aventure ! Folie, masochisme, exploit sportif, dépassement de soi même, mettez ce que vous voulez comme nom dessus mais nous, on est super fiers de notre Lulu nationale et on a décidé d’accueillir la marraine de notre petite Manon avec tous les égards et de la bichonner comme il faut pendant les 5 jours qui précèderont son périple.
A votre avis, il pleut encore ?
Après avoir quitté les géonautes, nous redescendons par la route 40 à toute vitesse en direction de Bariloche. Les paysages sont très beaux, un environnement de canyon ocres et de rivières larges. La pluie a cessé et l’horizon est désert et aride. Étonnant après autant de vert.
On s’offre une nuit originale au-dessus du plus grand barrage hydro-électrique de la région avant de foncer au terminal des bus. Lulu a t’elle réussi à atteindre le but de son périple un peu fou avec au bras son carton de 2m (quand on fait plus d’1m80, je vous dis pas la dimension du bicycle) ? 10 minutes avant notre arrivée, répondeur. Elle est arrivée à la gare routière. Impecc. On la surprend dans un cybercafé juste à côté et quand elle se retourne et me reconnait, tout le cybercafé se retourne aussi, surpris par le cri. Ouiiiiiii, ça y est, on est ensemble. Manon lui court dans les bras, Hélène l’étreint fort, c’est la fête. On prend 10 minutes pour harnacher la monture comme il se doit derrière Hari et c’est parti !
On aurait presque oublié de vous dire que depuis ce matin, ben… il pleut. Pas très original depuis un mois me direz-vous mais bon, c’est comme ça. Plafond bas; pas de Bariloche ni de tour en télésiège alors (voir épisode précédent et la balade au cerro campanario). Allez, on file au Chili, en repassant par Villa La Angostura comme il y a 10 jours. La route est sensationnelle, au sens propre du terme. On enchaine paysages ravagés par les cendres avec orages démentiels, nuit à 16h de l’après-midi puis éclaircies dans la soirée, passage d’un paysage de forêt pyrénéenne à la végétation luxuriante de la patagonie chilienne. En route, on fait goûter à Lulu notre quotidien avec un arrêt “plein” à Villa La Angostura: pain, eau, bouteille de gaz, recharge de camping-gaz pour la miss, tout ça sous la pluie. De son côté elle ouvre la hotte (ou plutôt la sacoche) du père Noël: livres pour les enfants et Hélène, pièce de camping-car, café guatémaltèque (et oui le café moulu est affreux ici). On finit avec l’épisode passage de frontière, un classique désormais de la formule “Voyage avec les Manohé” (disponible dans toutes les bonnes agences de voyage et les librairies spécialisées). On arrive à la nuit dans le parc national de Puyehue, au pied du volcan du même nom, celui-là même qui recouvre l’Argentine de ses cendres depuis 6 mois.
Au pied du volcan qui fume
Le lendemain, plein de verdure pour miss Lulu. Belle balade matinale en forêt avec pas moins de 3 cascades et une rivière spéciale puisqu’elle est … grise !
En effet, celle-ci descend du volcan et charrie cendre et pierres volcaniques. On assiste ainsi à une scène incroyable: le ballet des pierres qui flottent.
Manon marche de bon cœur car la dernière cascade est semble t’il une cascade aux sucettes et effectivement, deux belles sucettes y sont découvertes. Et puis le soleil revient à midi pour le déjeuner dans l’herbe. Dans l’après-midi, un camping-car nous klaxonne: ce sont les Pezeron-Pralas, croisés un soir en Terre de feu sur les terres des manchots royaux. Échange de bon plan et d’enfants. Les 3 leurs montent dans Hari en un clin d’oeil et leurs 2 grandes filles s’amusent dans l’instant avec Manon. Noé et Titouan jouent à “c’est ma place, c’est mon jouet” à grand coup de beignes. Noé a l’avantage de la taille mais Titouan, élevé à la dure par 2 grandes sœurs est un coriace et il faut que j’intervienne plusieurs fois avant le bain de sang. Pendant mon baby-sitting avec les 5 loulous, Hélène et Lucie s’offrent une belle montée à un mirador sur le volcan, caché dans les nuages mais dont on devine les pentes cendrées. Déroutant de savoir qu’on est si près de ce géant actif. Olivier et Sandrine font la balade aux cascades et il est déjà l’heure de se séparer pour se revoir qui sait plus au Nord.
Prochaine étape: les thermes du parc. On dort parfaitement au calme devant un camping fermé avec Manon dans le lit de sa marraine (un classique désormais) et le lendemain, c’est bain à plus de 40°C à l’extérieur, sous… la pluie. Mais on se détend à la perfection et c’est un vrai plaisir pour les zouzous de pouvoir barboter. Lulu qui est fidèle à son nouveau sobriquet -la vaillante- se met dans le lit de la rivière glacée entre deux bains chauds. Ok elle vient de la rade de Brest mais quand même !
De l’argent et du germain
Il pleut, donc … on roule (un point pour le monsieur au fond à droite qui gagne un parapluie). Arrivée à Osorno pour dégoter la fameuse cartouche de camping-gaz qui manque toujours à notre cyclotouriste mais que nenni. Nada. Alors plein de fruits, légumes, viande blanche pour bichonner notre invitée et on part chercher un bivouac au bord du lac Llanquihue. Hélène nous dégote un petit bord de plage tranquille avec vin blanc les pieds dans l’eau le soir, buissons remplis de mûres et arrêt de la pluie pour le petit-déjeuner du lendemain matin. Manon remplit des bols de fruits rouges pendant que la vaillante nous fait encore un coup d’éclat: trempette et toilette matinale dans le lac en bikini. Pas plus froid qu’en Bretagne nous dit-elle! On veut bien la croire mais c’est sûrement pas une bonne raison pour aller à l’eau. En passant, elle offre un joli cadeau aux charpentiers qui refont la toiture d’une maison perchée dans la colline (on le les avait pas vu) en se changeant sur la plage. Une belle blonde dénudée d’1mètre 80 en Patagonie, je pense qu’ils ont dû se dire qu’il fallait définitivement arrêter la bière…
Notre petite plage se trouve dans la station balnéaire huppée de Frutillar, colonie allemande fière de ses origines: hôtel Salzburg, Bishoffgunterquelque chose, aigle et petits bavarois en short et bretelle sur les façades, kuchen et strudel dans les assiettes. On en profite pour s’offrir de délicieuses pâtisseries avec l’excuse de vouloir faire plaisir à la miss… Le front de mer est très agréable. On discerne un peu le volcan Osorno en toile de fond bien que les nuages soient encore là et la propreté et le charme des lieux nous fait plaisir après tant de villes argentines moches à souhait. La ville accueille aussi un festival de musique classique de renommée internationale et s’est dotée d’un palacio de la musica moderne, élégant et racé où les concerts sont donnés dans une salle vitrée avec vue sur volcan. Et alors me direz-vous? Et alors c’est pas tous les mois qu’on voit un théâtre par ici! On déjeune sur les hauteurs en contemplant le dit volcan qui veut bien se montrer. Hélène mitonne encore un bon petit plat et on part suivre la rive du volcan pour aller voir ce qui est semble t’il un des plus beaux lacs du Chili: le lago todos los santos, tout un programme.
En chemin, on passe admirer les saltos de Petrohue, belle série de cascades d’une rivière turquoise surplombée du volcan. Touristique mais sympathique. On y passe un bon moment puis on file au bout de la route. En images.
Au bout de la route, je disais car dans tout programme de “Voyage avec les Manohé” est inclus un bout du monde, garanti sur mesure par le prestataire (demandez notre nouvelle brochure 2011/2012 à l’office de tourisme de Saint Martin du Touch). Pour Lulu, ce sera les rives du lac de tous les saints, là où la route s’arrête et où ne passent plus que les bateaux. On trouve une plage de sable volcanique noir (bon, d’accord plutôt un terre-plein en travaux mais c’est pas bon pour le marketing) avec vue sur les montagnes, le lac et le volcan (dans les nuages, mais ça aussi faut pas le dire).
L’endroit est parfait, je vais juste me décaler un peu pour me mettre à plat pour bien dormir, tiens. Et là… Plus de batterie. Je sors le testeur. Probablement encore un problème d’alternateur. Mais signe de zénitude mécanistique, je ne hurle pas. Je commence à savoir que tous les 2/3 mois, j’en suis pour une nouvelle surprise. Bon on demandera demain à un véhicule de passage de nous démarrer ou alors je sortirai la batterie de la cellule. On verra. Pour l’heure, coucher de soleil sur le lac et couleurs rouges sur les montagnes. On profite.
Seul le “Voyage avec les Manohé” peut vous l’offrir !
La nuit au garage ! Personne ne le propose dans ses packages mais nous vous assurons comme clou de tout séjour, cet évènement unique et convivial: un jour et une nuit dans un atelier de mécanique. C’est ce que nous offrons à Lulu le samedi. Comptant sur un sursaut de batterie au matin, je tourne la clé de bonne heure et miracle, Hari démarre. Confirmation au testeur: la batterie ne charge pas. Alternateur; la troisième panne en un an. Bonne nouvelle, on part ce matin. Mauvaise nouvelle: il faut prendre le petit-déjeuner dans un cadre paradisiaque au bruit du moteur. Lulu en rigole gentiment, c’est comme elle en rêvait, avec les Manohé, on fait des trucs pas communs… De bonne composition, la vaillante quand même.
On roule d’une traite jusqu’à Puerto Montt et bien entendu, quand on arrive chez Ford, ils sont en train de fermer (et oui, chers amis, avec “Voyage avec les Manohé”, la panne est garantie samedi, dimanche ou jours fériés !). Mais chance, ils nous permettent de dormir sous leur hangar, au sec, avec douche chaude, wifi, karcher pour nettoyer le vélo de Lulu, eau chaude pour la lessive et surtout gardiennage 24/24, ce qui va nous permettre de visiter la ville. On rigole parce que finalement on aurait pas trouvé meilleur bivouac dans cette grande cité portuaire. Hélène part ainsi profiter de l’après-midi en ville avec sa copine (que de discussions entre les miss pendant 5 jours !) pendant que je prépare des crêpes pour le soir, aidé par mon grand ami Walt Disney et sa fée clochette (désolé Tibo). Et le soir: festival ! On dîne sous le hangar avec notre table de camping avec les enfants qui font les fous autour de nous (normal après une journée dans la voiture), utilisant des plots comme mégaphones et courant autour de leur crêpe au Nutella. Le bouchon de champagne s’envole pour finir dans la benne d’un pick-up en vente (sur la photo, cherchez Noé, vous aurez une idée du spectacle…). Une super soirée grâce encore à l’organisation millimétrée des Manohé. Ford Puerto Montt, le lieu rêvé de vos vacances !
La puce est la pianiste
Dimanche est un grand jour ! C’est notre anniversaire ! Un an d’Amérique du Sud, ça se fête. Au programme, restaurant et faire un gâteau. On part en ville chercher un endroit où déguster le curanto, spécialité de l’île de Chiloé qui se cuisine aussi par ici. Le curanto est un mélange de fruits de mer (moules géantes et palourde) cuit avec de la saucisse et de la viande de porc fumée, accompagné de galettes de farine et pomme de terre. Traditionnellement, le tout est cuit à même le sol dans de grandes feuilles sous lesquelles sont posées des pierres chaudes, les feuilles étant recouvertes ensuite de terre pour garder la chaleur. Bon, maintenant, ça se fait dans un bon vieux fait-tout. Sont sympas les touristes mais faut pas pousser Mémé tous les jours de l’année quand même… On se dirige vers le vieux port d’Angelmo où une kyrielle de restaurants exigus sont posés sur pilotis (on est toujours sous la pluie, bien entendu). Fortement touristique certes mais les petites échoppes de quelques tables regroupées au-dessus du marché au poisson nous rappelle agréablement les “comedor” boliviens ou équatoriens que nous aimions fréquenter. On jette notre dévolu sur une gargote avec cuisine de 3m2 où une bonne dame s’affaire seule aux fourneaux pendant que sa collègue, forte en gueule et en poitrine nous vante les mérites de la maison. Le repas est fort agréable avec petit verre de vin blanc, moules du coin, curanto et saumon à la sauce crabe royal. Très bon moment duquel nous sortons aussi cuits que le curanto.
On se laisse alors attirer par le flot des promeneurs du dimanche qui monte dans un bateau de pêche reconverti en promène-couillon. On apprend que c’est pour faire le tour de l’île en 1h. Allez, le soleil revient, on n’a pas envie de marcher. Montons. Et c’est une agréable surprise. Tout d’abord ce sont 3 dauphins gris, totalement inattendus qui se montrent à 50 mètres du bateau. L’apparition est brève mais quel plaisir de voir leurs belles nageoires. Puis viennent quelques explications fort intéressantes sur l’industrie du saumon et des farines de poisson qui les nourrissent. Enfin, nous longeons l’île Tengo avec ses belles maisons sur pilotis et le vieux port de Puerto Montt haut en couleurs. Pour 2 euros par personne, que demander de plus !
On rentre par le centre-ville et après une glace, on fait notre dernier repas tous ensemble. Hélène s’affaire au gâteau d’anniversaire fait avec les mûres du lac Llanquihue (relisez plus haut) et on déguste avec plaisir cette petite douceur.
Manon quitte sa marraine sur une belle chanson et un gros câlin. Il est l’heure d’accompagner Lulu au terminal portuaire pour qu’elle prenne le ferry qui l’amènera à Chaiten et à la carretera. Car l’agence ‘”Voyage avec les Manohé”, c’est aussi ça: un service d’accompagnement (j’ai pas dit d’escorte) personnalisé vous garantissant sécurité lors de votre trajet retour. Ce service est en l’occurrence composé d’un joggeur nocturne qui vous suit sur les quelques kilomètres séparant le magnifique centre de vacances “Ford Puerto Montt” du ferry. C’est pas que j’aime particulièrement courir dans les docks à minuit mais Hélène et moi étions plus tranquilles en sachant Lulu à bon port, si j’ose dire.
A toi la vaillante, merci de nous avoir rendu visite, merci de ton beau sourire permanent et de tout ce que tu as donné à ta filleule. Voici son merci (filmé le 9 mars à Chiloé, sans répétition, sans visionnage de ta vidéo depuis ton départ):
De l’eau, de l’eau, un peu trop d’eau (du 14 au 29 février)
Retour en Argentine et là encore plaisir de l’alternance, paysages plus secs, ambiance far west et ouf plus de pluie (enfin que l’on croit…). On continue pendant 2 jours la vie en convoi puisqu’on recroise la cagouille et les géonautes avec qui on partage un très beau bivouac sur les hauteurs d’Esquel, ville choisie par tous pour “faire les pleins” (on devrait mettre cette expression là dans le dictionnaire des voyageurs, pour éviter de répéter à chaque fois les mots gaz, eau, nourriture, laverie, gasoil…). Tout le monde se requinque car après nous visons le très attendu parc de los alerces où en théorie nous rejoint l’été, des lacs à bonne température, des campings gratuits géants où les enfants gambaderont dans la chaleur. Nous profitons de la ville et de notre beau bivouac: tour du lac en courant pour moi, train à vapeur historique et patagonien pour les enfants pendant que maman a le droit à quelques heures de vie tranquille en ville. Les enfants adorent le petit train et notamment le droit de voyager la tête par la fenêtre en regardant le panache de vapeur s’élever dans le ciel et en attendant les croisements pour entendre siffler la locomotive.
A la gare d’arrêt intermédiaire, Manon sort son argent de poche de son sac à dos (elle a préparé avec grand soin son “voyage” en train) et s’offre un pain frit, friandise grasse typique d’ici. Etonnant de l’entendre parler de voyage, comme si elle ne se rendait pas compte de son quotidien. Nous passons un très beau moment mais dès la moitié du trajet (1h seulement), le manque arrive: où est maman ? Je veux voir maman ! A vivre toujours ensemble, l’absence de l’un devient rapidement un sujet de préoccupation et il faut l’avouer de réel manque.
Le parc Los Alerces approche et le mauvais temps aussi. Déception. Ca y est, autant sur la carretera, nous n’avions pas encore atteint la saturation avec la pluie, autant ici nous exigeons du soleil ! Mais non, pluie, pluie et pluie sur tout le parc Los Alerces. On fait quand même une jolie balade avec la troupe pour aller voir les arbres centenaires (les millénaires sont trop chers!), l’occasion de transformer le camion des viajeros en taxi, voyez plutôt:
Mais le cœur n’y est plus trop. Tout le monde parle de filer au Nord, d’accélérer, de gagner des degrés de latitude. Certains parlent du Pérou, d’autres se remémorent les plages du Brésil. C’est le moment de se séparer encore mais on sent que c’est pour de bon. Et effectivement nous ne reverrons plus ni viajeros, ni cagouille. Ils remontent vers le Pérou, nous bifurquerons à Santiago pour aller à l’Est. Bon vent et bon temps vers le Nord les amis.
On roule toujours entre les gouttes. Etape d’après: El Bolson, le paradis des hippies et des babs. Il y a marché le samedi et on nous a dit qu’il était sympa de dormir sur la place. Loupé, on dort très mal. Présomptueux de notre part de dormir en ville un vendredi à quelques pas de la rue principale où sont les bars. Ce n’est pas les hippies locaux qui tiennent leurs stands qui nous réveilleront puisqu’à 10h, les stands ne sont pas encore montés mais les voitures, la musique, les jeunes en état d’ébriété toute la nuit. Un classique pour une fin de semaine en Amérique du Sud. Noé est difficile ce matin. Nous qui croyions avoir passé le cap fatidique des “pas d’accord”, nous retrouvons la forte tête une fois les copains partis, d’où punition, pleurs, tension. Résultat: on s’engueule les uns les autres. Je ferai quand même le marché l’après-midi: confitures, fruits rouges frais, maté fait main, fromages excellents, artisanat de qualité, bières artisanales. Un gros contraste avec l’Argentine plutôt envahie par la consommation de masse et les produits stéréotypés. Une oasis de culture et qualité de vie aussi: beaucoup moins d’embonpoint chez les gens, de la musique, un spectacle de clown sur la place. On sent la qualité de vie dans la région mais pour nous, ce ne sera pas ce souvenir-là qui restera. Ca arrive. Il pleut. On repart.
Mais qu’est ce qu’on fout là ?
Bariloche la moche disent certains. C’est notre prochaine étape. On boycotte, on boycotte pas ? On se tâte car tout le monde nous l’a décrite comme un univers artificiel et bourgeois, plein de touristes brésiliens et portenos (comprendre de Buenos Aires). Notre guide nous dit quand même que la vue du cerro campanario a été déclarée une des plus belles vues de la planète selon le National Geographic et le lac Nahuel Napi qui borde la ville semble magnifique. Hum, hum, mouais. Allez on va voir de nos yeux.
L’arrivée est à la hauteur de la réputation: hôtels de luxes, accès au front de mer totalement privatisé, bateaux de croisière bondés. On galère pour trouver un endroit où dormir sur la péninsule qui borde la ville, comme si on était à Saint Tropez. On finit par trouver un bord de chemin pas génial mais avec la fatigue, cela suffira à passer une bonne nuit. Le lendemain, on entame la journée par une promenade cliché: on gare Hari en contrebas de l’hôtel le plus luxueux d’Argentine, le Llao llao. Terrain de golf, vedettes rapides, église touristique, vente de produits artisanaux divers et summum du kitsch: le Saint-Bernard de Bariloche, accompagné de son maître photographe qui fait poser des bimbos brésiliennes ou de grasses argentines devant le toutou sur fond d’hôtel de luxe: mais qu’est ce qu’on fout là ?
On trouve quand même quelques kilomètres plus loin une jolie balade qui nous permet de voir de magnifiques arrayanes, arbre millénaire tortueux qui, selon la légende, aurait inspiré Walt Disney pour la forêt terrifiante de Blanche-Neige. A vous de voir sur les photos. On déjeune sur une belle plage entre les gouttes (et oui, la pluie est toujours là !) et au moment du retour, nous sommes assaillis par… les géonautes ! Manon, après 2 jours de séparation, saute de joie. Diane est de retour. On suit les géo jusqu’à une colonie suisse au nom super original : Colonia Suiza. Et on se dégote un resto à fondue. La proprio accepte qu’on se gare devant pour la nuit. Résultat: talkie-walkie dans chacun des camping-car et super soirée entre parents devant une montagne du gruyère fondu de très bonne facture et des knackis (on ne peut pas tout demander non plus…). Un vrai bonheur de retrouver l’ambiance d’un bon resto entre amis.
Le lendemain, la chance est avec nous. Le soleil fait son apparition et nous permet de faire le petit déjeuner sur un belvédère sublime dégoté encore par les géonautes avec pancakes faits maison de Corina, s’il vous plaît !
Nous sommes seuls pendant… 10 minutes et après c’est le flot de touristes surpris de nous voir attablés avec café et tartines en cet endroit. Et pour couronner le tout, voilà qu’arrive un… Saint-Bernard ! Celui-ci s’appelle “Che” (c’est marqué sur le tonnelet qui pendouille autour du cou). Pauvre Ernesto Guevara, s’il savait à quoi il sert… Malheureusement pour le maître photographe, les deux camping-car obstruent la vue et ils doivent lever le camp avant la fin du petit-déj. Nous montons ensuite au fameux belvédère à pied avec Thomas, Andréas, Noé et Hélène pendant que Corina fait monter les filles en télésiège. La vue est à la hauteur des espérances et le pique-nique là haut plein de saveur après la dure montée. Hélène en tombe même à la renverse.
Nous filons ensuite vers Bariloche où nous offrons à Manon sa première patinoire, infrastructure assez rare ici pour que nous ne la tentions pas. Corina et moi accompagnons les filles. Drôle de voir les caractères différents de nos filles: Diane, casse-cou et dynamique se lance sans filet enchaînant les chutes avec bonne humeur pendant que Manon, peureuse et délicate s’accroche à la rambarde. Mais l’émulation joue. Hors de question pour Manon de se laisser distancer, elle prend au fur et à mesure des risques et progresse avec prudence mais obstination. Délicate mais têtue la miss… Et elle finira par lâcher la barre pour sa première fois ! On passera ainsi presque deux heures à évoluer sur la glace. On quitte la ville pour se trouver un bivouac dans une banlieue chic au bord d’une plage de galet, avec magnifique sur la ville de nuit, qui, de loin, n’est pas si moche finalement… Une sacrée journée.
On prend la route le lendemain pour faire la route des 7 lacs, vantée par les guides comme un des plus beaux itinéraires d’Argentine. Mais, du fait d’un embranchement raté qui nous emmène faire un détour de 120 kms, nous faisons connaissance avec l’ennemi de la région, celle qui dévaste paysage et économie depuis 6 mois: la cendre. Nous pouvons voir les monticules de cendre sur les bords des chemins, sorte de tas de sable gris granuleux. Les feuillages des arbres restent verts mais pâles, tachés par la poussière blanchâtre. Et bientôt c’est dans l’air que nous la voyons et la sentons. Peut-être est-ce psychologique mais on se sent touchés aux bronches. On roule dans une sorte de brouillard diffus et blanc pendant plusieurs kilomètres avant de sortir du nuage. La roche prend des formes étranges dans la région et dans cette atmosphère, on dirait des fantômes. L’une de ces formations s’appelle le doigt de dieu. Pointé vers le ciel, on dirait comme la mise en garde contre le courroux divin. Heureusement que nous ne sommes pas croyants, pour un peu on serait intimidés.
Ah ! Un nouveau lac !
On retrouve les géonautes avant qu’ils ne s’inquiètent (nous avions Diane à bord) et prenons la “vraie” route des 7 lacs. Elle nous décevra. Est-ce parce que nous en sommes à un an de voyage et que des lacs nous en avons vu par centaine, est-ce le temps couvert, le mauvais ripio, la cendre sur les côtés ? Toujours est-il que nous ne sommes pas emballés. Sauf que… nous nous écartons de la fameuse route pour la nuit, visant un bivouac de nos amis les Caracol. Et c’est le jackpot: une belle plage de sable au bord d’un lac turquoise entouré de montagnes et cerise sur le gâteau, Hélène nous prédit le beau temps pour le lendemain et nous nous levons sous un soleil radieux. On se jette hors du camping-car pour prendre le petit-déjeuner, irradié par la chaleur du tant désiré soleil. On vivra ici, au bord du lago traful, deux journées exquises. La vie en short et tongs que l’on attendait prend corps. Balades en kayak sur le lac, constructions de château-fort, asado sur la plage avec rosé frais. La belle vie, quoi !
Et puis une belle eau claire, ça donne envie de ? faire la lessive. La lessive des Manohé en version femme et homme:
Mais voilà, elle revient. La cendre pointe le bout de son nez au-dessus des montagnes et il nous faut quitter les lieux précipitamment. Je vous laisse découvrir dans l’article de Corina comment cette cendre peut transformer le paradis en lieu lugubre.
On se pose ensuite deux jours à San Martin de los Andes, jolie bourgade qui nous offrira internet et boulangerie à la française à tomber par terre. Puis on file vers notre dernière destination commune: le volcan Lanin.
Sublime cône blanc
C’est là qu’on doit se quitter car tata Lulu nous rejoint le 28 février à Bariloche et les géonautes filent vers Santiago pour un vol vers l’île de Pâques. On compte les jours car cela fait maintenant un mois que nous roulons ensemble. On s’habitue bien à notre vie commune et les enfants se régalent.
La route qui mène au volcan est superbe, dans un paysage de canyons. Mais point de montagne à notre arrivée. Elle joue avec les nuages et donc, vous aurez deviné, notre grande copine la pluie. On sait qu’on se quitte bientôt alors on sort la panoplie des grands soirs: poulet curry vin blanc ciboulette et Times Up ! Une très bonne soirée encore une fois. Le lendemain, revival de notre séjour à Pardelas quand nous avions été réveillé à 7h du matin en anglais par Freddy qui annonçait les baleines sous notre fenêtre. Mais cette fois, c’est Corina et c’est pour pointer du doigt le magnifique cône enneigé du volcan Lanin, surmonté d’un élégant et minuscule chapeau nuageux. Vue de toute beauté, photos et…
… on se recouche !
La journée, on joue avec les gouttes mais avec le sourire. On s’offre une superbe balade à un mirador avec pique-nique en haut pour les courageux.
L’après-midi partie de jeu de stratégie puis escalade et jeux de ballon avec les enfants. Un bon résumé du bon temps passé ensemble.
Le lendemain, rebelote de la part de Corina mais cette fois, je ne sais pas pourquoi je reste debout.
J’observe le volcan. Pas de vent, des chances qu’il reste découvert un bout de temps. Je me tâte et je me lance sans réfléchir dans une marche vers le volcan. Je veux d’abord sortir de la forêt juste pour voir le volcan de pied en cape. Ca me prend 30 minutes mais je commence à apprécier l’effort, la marche seul dans le vent du matin.
Je poursuis et je vise une arête rocheuse qui me semble proche mais c’est finalement 2h plus tard que je l’atteins. Je suis au niveau des premières neiges et du camp de base des andinistes, loin de tout sentier car je me suis bien perdu mais quel plaisir, quel sentiment de liberté à être là-haut face au volcan. Je redescends tranquillement heureux de ce moment solitaire, totalement irréfléchi.
Les derniers moments entre nos 2 familles sont un peu empruntés. On oscille entre tristesse de quitter cette complicité installée et satisfaction de se retrouver en famille, la proximité prolongée ayant ses limites. Chacun a un œil déjà sur l’après mais on sait aussi qu’on sera très contents de se retrouver plus tard. Pour les enfants en revanche, la séparation est difficile. Ils se serrent dans les bras les uns les autres, à moitié pour rire et à moitié pour prolonger réellement la présence du copain ou de la copine. Très belle scène. Manon n’est pas aussi triste qu’on le craignait. On dirait qu’elle s’habitue à ces séparations, peut-être parce qu’elle sait qu’on a de bonnes chances aussi de revoir sa copine.
Souvenir en image et en vidéo:
On repart vers le Sud (vous n’êtes plus étonnés par ce nième changement de direction, je parie ?) et on a le sourire car ça y est, on va retrouver Tata Lulu !
Voyage en familles (du 30 janvier au 13 février)
Retour au Chili et entrée en matière avec l’un de ses principaux représentants, qui porte à lui seul tout l’héritage historique de son pays: le carabinero, c’est à dire le gendarme. Le gendarme chilien a la réputation d’être incorruptible, droit et intransigeant et cela s’est vérifié systématiquement pour nous jusqu’à présent. On sent dans ce pays ce qui est probablement la conséquence de la longue dictature militaire de Pinochet: c’est le pays le plus organisé, rigoureux mais aussi froid et obtus que nous ayons traversé. Alors que nous atteignons la frontière à une heure tardive, le carabinero du jour est un digne représentant de son corps de métier: il m’indique que nous pouvons rester dormir devant son baraquement, dans une totale sécurité et avec confiance car nous sommes parmi eux ! Il enchaîne: les autres pays d’Amérique du Sud, c’est la foire bazar mais ici au Chili, le carabinero veille. Il sera toujours bienveillant, heureux de rendre service et n’essaiera jamais de retirer de sa position le moindre avantage, le moindre pourboire. Je lui réponds que je me sens beaucoup mieux maintenant, que la réputation du gendarme chilien fait le tour des voyageurs et qu’elle s’est révélée exacte. Mon protecteur repart le sourire au lèvres. Merci parce que c’est pas tout ça, mais moi j’avais envie d’aller me coucher…
A chaque fois, la même sensation agréable de douceur nous donne de l’énergie. Nous faisons le tour de la ville de Cohayque pour y trouver le classique du camping-cariste: eau, gaz, courses, internet, infos sur les parcs avoisinants mais surtout copains. Et finalement c’est Thomas, des géonautes qui nous débusque au supermarché et c’est avec un grand plaisir qu’on se retrouve le soir dans la belle réserve nationale de la ville pour 2 jours. La réserve est boisée et agréable. On profite des infrastructures impeccables (et oui, c’est le Chili..), dont de mignonnes petites cabanes avec cheminée, pour passer de bons moments au coin du feu. Footing entre les gouttes, balades en forêt, asado, un vrai plaisir de retrouver les amis après notre petite parenthèse familiale. Manon est ravie de retrouver Diane avec qui elle crée une complicité de plus en plus forte, à telle point qu’un midi, elles déclarent vouloir être sœurs jumelles. Elles font l’école toutes les deux ensemble, jouent ensemble, dorment ensemble: inséparables. Exit les parents. Nous ne revoyons notre petite frimousse que le soir où elle s’endort heureuse et fatiguée. Nous réalisons à quel point les copines sont importantes à son bonheur et pouvoir vivre une vie complète et entière avec sa copine rien que pour elle est un luxe dont elle goûte chaque instant.
Lors de cette première étape, on mesure aussi à quel point l’alternance Chili/Argentine est agréable: qu’il est doux de retrouver le vert du Chili, des arbres, de l’herbe verte, des lacs et…de la pluie. Car autant nous avions eu de la chance lors de notre première escapade sur la carretera en novembre dernier, autant cette fois, nous rentrerons dans la norme: dix jours à jouer avec la pluie, pas omniprésente mais toujours proche dans le temps ou dans l’espace.
Comment dit-on taxi en hébreu ?
On quitte le campement de Cohayque car à Queulat, plus au Nord nous attend la famille de la cagouille en vadrouille et aussi les viajeros. La route est l’occasion de constater que la carretera est une terre d’errance israélienne. Ce n’est plus l’Égypte, c’est le Chili ! En effet, une fois leur service militaire terminé (3 ans pour les garçons, 2 pour les filles), il est classique pour les jeunes israéliens de partir sur les routes pendant quelques mois avant de reprendre études ou profession, l’occasion ou peut-être même la nécessité de décompresser après cette dure période. Garçons et filles partent ainsi avec peu de moyens, sac et tente sur le dos. Chaque jour que nous passerons sur la carretera, nous croiserons une bonne dizaine de jeunes, quasi tous d’Israël. Chacune de nos familles y va de son chargement: 4 pour Thomas le premier jour, 3 pour nous. Le lendemain, 3 garçons trempés jusqu’aux os pour nous, 3 autres pour les viajeros. Bon, faut avouer qu’on ne le fera pas tous les jours car les sièges ne seront secs que 48h plus tard…alors le lendemain on s’est montrés moins serviables. Le point culminant a été la fête de village à laquelle nous assisterons (voir plus loin), et au cours de laquelle il seront plusieurs dizaines à défiler pendant la soirée ! Les agences de voyage affichent même leurs services en hébreu dans les vitrines. Nous serons contents d’aider plusieurs fois ces jeunes ce d’autant que nous constatons que les chiliens ne les prennent jamais en stop. Il est vrai que leur nombre ahurissant doit porter les automobilistes locaux à saturation, renforcé par leur mauvaise réputation. En effet, les chiliens leur reprochent de ne pas faire tourner l’industrie touristique locale, notamment les transports. Un des griefs qui leur est porté est aussi de quitter en douce les auberges de jeunesse à 5h du matin pour ne pas payer. Lieu commun facile causé par un cas isolé ? On ne saura pas.
Le parc Queulat est finalement trop loin pour une journée de route, aussi nous faisons halte dans le petit fjord de Puerto Cisnes, au bord du Pacifique. La route qui y mène est superbe; cascades par dizaine, fougères immenses, parois rocheuses invisibles sous la couverture végétale, on se croirait en Amazonie. Merci aux géonautes d’ailleurs pour la photo d’Hari en Amazonie patagonienne:
On trouve un bivouac superbe et on passe encore une bonne soirée. Ils repartent le lendemain pour rejoindre la cagouille. Nous restons une journée de plus car Hélène a un torticolis. Et qui arrive: les viajeros, avec le soleil en plus ! Là encore excellente journée, les enfants jouant dehors tout le temps, les parents s’activant autour. Je ne vous fais pas le récit dans le détail car vous commencez déjà à trouver ça monotone: balade à vélo, asado, bla bla bla… Une anecdote révélatrice de ces temps de mondialisation: nous sommes dans un port qui se détourne de la pêche artisanale pour aller vers la salmoniculture intensive. Le Chili a en effet détrôné récemment la Norvège au rang de premier éleveur mondial de saumon. Ce dernier apprécie les eaux froides du sud Pacifique. Nous pouvons voir les immenses cages à poisson du bivouac mais quand nous nous rendons au village pour tenter d’acheter du saumon pour faire des sushi, la réponse tombe: ça ne se trouve pas au village, tout part en Europe. Ce qu’on trouve dans la poissonnerie du village, c’est du merlu qui vient… d’Atlantique Sud ! Je ne devrais même plus être étonné après la vanille de Madagascar dont nous n’avons trouvé sur place que de la seconde main, du café d’Equateur introuvable dans les plantations, etc… mais ça me semble toujours aussi incongru.
Rassemblement !
La pluie reprend le lendemain. La route est difficile et trempée et nous arrivons bien fatigués au parc où nous attendent les amis. Les Cagouille et les géonautes sont bien là ainsi qu’une famille en land rover. Ajoutez Eva et Cédric, un couple d’auto-stoppeurs pris par les Cagouille et nous serons pas moins de 12 adultes et 12 enfants à l’apéro autour du feu. Grâce à Corina et Anaïs qui gardent respectivement Manon et Noé, on a le droit à une petite balade en amoureux pour aller voir un glacier suspendu. On profite dans le silence de la vue, un paysage de cinéma. Cascades, forêt dense, glacier bleuté, silence, on dirait une prise de vue de King Kong ou Jurassic Park, en tous les cas un des plus beaux tableaux que nous ayons vu et… plus de batterie dans l’appareil photo, bien sûr. On passe ensuite une bonne soirée à jouer aux loups-garous, un jeu de société dont j’avais entendu parler mais pas pratiqué. On retrouve l’ambiance des WE entre copains à Toulouse sauf que nous sommes au bout du monde. Encore une fois ce sentiment de faire des choses banales et d’être le même que dans notre “vie d’avant” mais de le faire dans des endroits exceptionnels.
Le lendemain, balade avec toute la marmaille pour aller voir le glacier. Ce dernier joue avec les nuages mais se dévoile par moment. Sur le chemin, l’ambiance avec 12 enfants est assurée: où est Noé ? Ilan arrête d’embêter Lou-India ! Souriez quand même pour la photo ! Diane, marche plus vite ! Fais-pas ci, fais pas ça en Patagonie en somme. Manon et Diane ramassent avec moi de belles feuilles et fleurs (tombées, pas arrachées, attention !) pour faire un herbier. Noé joue avec les nerfs de sa mère en courant devant et en flirtant avec la rive du lac. Là encore, amis parents, ça ne vous rappelle rien ?
On continue. La route est belle mais la pluie pèse sur les nerfs de ceux qui sont depuis plus de 15 jours sur la route chilienne. Prochaine étape: la fête de village de Puyuhuapi. C’est l’été et comme en France, chaque village a son festival: fiesta del pescado frito (et oui, glamour la fête du poisson frit), de l’asado, du rodéo, etc… Pour nous, ce sera fiesta del curanto, plat local de la Patagonie chilienne, sorte de cassolette de fruits de mer avec moules géantes et palourdes. Comme chez nous, la fête est installée dans le gymnase, ce sont les pompiers qui tiennent la buvette, à 17h certains sont déjà passablement éméchés et tout le monde attend le bal (sauf qu’ici celui-ci ne commencera vraiment qu’après 23h!). Ça fait plaisir de partager ce moment de vie locale. Les enfants s’amusent bien et on danse avec Manon et Noé avant d’aller les coucher. Je repars avec Guillaume, Cyril et Thomas pour, là aussi, faire comme à la maison: s’accouder à un comptoir (en l’occurrence un grand frigo), regarder les autres danser et après quelques verres se lancer. On tente d’inviter de jolies israéliennes à faire quelques pas mais là encore, comme chez nous, râteau et retour au comptoir. La fête bat son plein quand nous rentrons fatigués et bien sûr éméchés. Une bonne soirée quoi
.
Le lendemain, on décide de prendre le chemin de thermes pour se relaxer un peu. Le lieu est super sympa et on y passe une nuit et la journée à se détendre en envahissant un peu beaucoup le petit bassin.
Depuis Queulat, on découvre la vie en convoi: 3 camping-car et un camion, une nouvelle façon de voyager. On roule séparément chacun à sa vitesse et on se croise, se rattrape, s’attend entre familles. T’as trouvé de l’eau ? Tu sais où ils sont ? On s’est arrêtés pour internet, vous partez maintenant ? Le soir, on essaie de se retrouver (ça marchera la plupart du temps sur cette quinzaine commune) et comme au temps du far-west, on forme le cercle. Les enfants dégainent les premiers et filent dehors ou vers le camping-car qu’ils ont désigné comme salle de jeu, souvent Hari d’ailleurs. Les papas vident les soutes du matériel de camping, ballon de foot, jouets de plage, distribuent les vélos puis préparent le feu pour l’apéro pendant que deux cuisinières (assez macho la répartition des tâches en camping-car, il faut l’avouer) s’affairent aux repas, l’une des enfants, l’autre des parents. Chaque soir est différent mais généralement, une fois les enfants couchés, on se retrouve tous dans le camion vert des viajeros pour le dîner et les parties de Times-up qui seront fidèles à la tradition du lago roca en créant de belles engueulades, surtout entre Hélène et moi d’ailleurs. L’ambiance du convoi est agréable car chacun est libre, part à son heure, n’est pas présent un soir au bivouac ou va se coucher ou regarder un film sans rester avec le groupe. On se permet de ne pas diner avec les autres sans remords. On n’échappe pas pour autant (je parle pour nous en tous les cas) aux contraintes que l’on se met seuls, résultat de 30 ans de vie sociale codifiée. Est-ce que tu crois que ça gêne si je leur demande une bouteille ? Les enfants ne dérangent pas, t’es sûre ? etc… mais on fait des progrès ! En tous les cas, quel plaisir de retrouver une connivence comme avec de vieux amis, de voir se forger au fil des jours une amitié. Nous réalisons que cette période de voyage à plusieurs est un des moments forts de notre périple et même si parfois nous avons envie de nous retrouver entre Manohé, la vie à plusieurs est un vrai plaisir.
Après les thermes, on trouve un beau bivouac à la confluence de deux rivières mais un virus tourne chez les petits et vient gâcher un peu la fête. Manon est prise de nausée et vomissements puis vient mon tour. Noé va bien lui puisqu’un matin, monsieur se lève en pleurant dans son lit. On tend l’oreille et voilà ce qu’on entend: “Je veux de la pizza ! Mortadelle ! jambon et fromage dans sandwich !”. Véridique et sans commentaire. On était habitués à ce qu’il se réveille en disant “petit-déjeuner” mais là, ça dépasse tout…
On finit donc la carretera dans des conditions pas terribles pour le ventre mais dès qu’on la quitte, le soleil revient et la santé aussi. Tant mieux car nous arrivons dans la mecque du rafting, où il nous faudra à tous de l’énergie.
Futaleufu, grosses sensations
On remonte vers la frontière par le cours du rio Futaleufu. La vallée est sublime, encaissée, avec une eau turquoise, toujours une végétation luxuriante bien que plus montagneuse. On fait une petite pause plage avec les enfants, sous le soleil que l’on retrouve avec grand bonheur.
On arrive en éclaireur dans le village et ne sachant pas si le reste du groupe est en amont ou en aval, Hélène part seule faire du rafting sur le rio, connu mondialement pour ses rapides de classe 5/5+ accessibles en raft et aux débutants. Elle attend ça depuis longtemps et n’est pas déçue. La journée est magnifiquement ensoleillée, le club sérieux et les rapides en forme après la pluie tombée ces derniers 15 jours. Elle rentre le soir le sourire au lèvres. Dans la journée, le reste de la troupe est arrivée. Conseil de guerre le soir et décision: on part à 5 faire aussi du rafting. L’équipage ci-dessous:
La journée est super sympa. Je suis sur un cataraft avec Thomas et un guide. Je ne connaissais pas ce type d’embarcation et c’est un vrai plaisir. On est bien plus proche de l’eau qu’un raft, c’est plus mobile. Je vais d’ailleurs être moi aussi très mobile et proche de l’eau puisque je pique tête la première dans l’eau au passage d’un rapide ! Je n’ai pas le temps de comprendre grand chose. La puissance des vagues m’éjecte hors du rapide et en moins de 3 secondes, les kayaks de sécurité sont sur moi. Après quelques péripéties, Thomas me hisse à bord et on reprend la balade. Pas vraiment eu le temps d’avoir peur mais quand même celui de se sentir tout petit dans les creux des rapides. Je suis également bien content qu’on ait choisi l’agence la plus pro, tenue par des américains. Pour le reste, je vous laisse profiter du rio en vidéo (merci Thomas pour les images et Corina pour le montage !):
Pendant ce temps, les femmes ont transformé le bivouac en camp de romanos à coup de lessives grande échelle.
Mais bon c’est aussi un super centre aéré avec les enfants avec fête, maquillage et vélo. Le lendemain, les hommes (bon d’accord avec Corina et Hélène) prennent le relais et c’est au tour de Béa et Anaïs de partir sur les eaux. Ainsi tout le monde aura navigué et se sera régalé. On se sent super bien dans ce village, accueillant et douillet. Le convoi s’est arrêté au bord d’un joli lac, assez proche du village pour y être à pied ou à vélo mais suffisamment loin pour dormir au calme. On ressent encore une fois, comme à Samaipata en Bolivie ou Cuenca en Equateur, qu’il pourrait être un agréable lieu de vie: paysages superbes, taille modeste mais doté de tout, eaux vives, VTT, proximité de l’Argentine et de la carretera. Il y aura même un évènement extraordinaire en Amérique latine lors de notre venue: la fête du recyclage ! Futaleufu est la première ville de Patagonie à se lancer dans le tri sélectif pour tous les habitants. Bon d’accord c’est juste organique/non-organique mais c’est la première fois que l’on voit ça. En effet, nous avions vu dans d’autres villes ou des parcs des poubelles sélectives mais nous avons appris que tout allait à la même décharge après ou alors que seul le parc triait le contenu de 4 poubelles. Pour les enfants, ce sera un régal car la fête est géniale: châteaux gonflables, trampoline, maquillage, pêche à la ligne, chamboule-tout. Là encore quand nos 10 gamins décident d’aller conquérir les structures gonflables, c’est la marée francophone autour des petits chiliens.
On passe ainsi 5 jours de pur bonheur, un second Lago Roca en quelque sorte, 5 jours dont un contre notre volonté. En effet, la bande des 4 garçons fait une belle boulette le jour du départ. L’idée de départ: une balade de 1h30 en VTT “juste avant le déjeuner”. Le résultat: 11h sur le vélo à se perdre dans les montagnes, porter le vélo sur le dos sur des chemins escarpés, pédaler dans des côtes impossibles. En plus de ça, nous partons sur le coup de midi avec 1,5 litre d’eau et 2 bananes. Pourquoi ai-je fait confiance à la fille de l’office du tourisme qui avait l’air de jamais avoir vu de vélo de sa vie ? Bref… Comment passer de 2 à 11h me direz-vous ? Et bien, prenez 4 porteurs de testostérone, qui pensent toujours savoir où ils sont sur la carte de l’office du tourisme dessinée par un enfant de maternelle, tentent bien sûr de trouver des raccourcis sur la dite carte et ne veulent pas faire demi-tour (c’est nul les demi-tours, c’est pour les gonzesses…). Ajoutez au milieu de ça une belle hypoglycémie pour ma part, un chemin soi-disant de VTT mais à peine franchissable en rando, aucune montre ou téléphone, des chiliens qui refusent de nous prendre en stop et ça donne une arrivée à 22h au bivouac. Pendant tout ce temps, nous pensons à nos moitiés qui doivent être mortes d’inquiétude et quand on arrive, ça n’a pas loupé. Chacun de nous 4 a le droit à une belle engueulade. Justifiée. Je garderai ça, je l’espère, bien en mémoire car je n’ai jamais eu d’hypo marquée avant et sans Thomas qui nous a “trouvé” des pommes dans un champ en milieu de journée, je ne sais pas comment je serais rentré. Un des plus durs souvenirs physiques de ma vie.
Le rappel à l’ordre sur la conscience du risque prend un écho tout particulier le lendemain, jour du départ, car nous apprenons qu’un kayakiste français en vacances dans le coin a disparu sur la rivière. Deux jours avant, Hélène avait fait la descente avec l’agence en sa compagnie et celle de 2 de ses amis. Le choc est très rude pour elle. Nous réfléchissons à ce que nous pouvons faire pour aider les copains du kayakiste mais les recherches sont en cours et tout le village est mobilisé pour le retrouver. Nous nous sentons impuissants. Nous suivons les nouvelles par internet et apprendrons qu’ils ont retrouvé le corps deux jours plus tard. Kayakiste chevronné, il s’est semble t’il noyé lors d’une soirée avec ses amis en traversant seul un bras de rivière pourtant bénin.
L’ambiance est lourde pendant 2 jours dans le camping-car, Hélène n’arrivant pas à penser à autre chose. Comme souvent dans ce voyage, il y a peu du rire aux larmes. Ce billet est empli de rires et de moments chaleureux mais il finit dans les larmes. Nos pensées vont très sincèrement à la famille et aux amis d’Olivier.
Si on m’avait dit un jour où je fêterai mes 35 ans (du 21 au 29 janvier)
Port désiré
Puerto Deseado, quel joli nom… Et bien ce port argentin sera fidèle à ce nom romantique et poétique. Il présente la particularité d’être un estuaire, dit “ria” en espagnol, c’est à dire un endroit où la mer pénètre dans les terres par le lit d’un fleuve, dont le débit n’est plus suffisant pour contrecarrer la marée. L’estuaire est superbe, permet à la vie océanique de se trouver un nid tranquille, avec des eaux calmes bien que salées. On trouve ainsi pingouins (et oui, dans le lit d’un fleuve !), cormorans, gaviottes, mouettes, otaries et dauphins dans un décor de falaises rouges. On y passera 3 jours, profitant de couchers de soleil fantastiques, de canyons de western laissés par les affluents du fleuve et d’une faune omniprésente.
Pourtant tout avait mal commencé, dit la chanson. On arrive en effet tard le premier soir, après beaucoup de route. Ma blessure à la jambe est douloureuse après 8 jours, ce qui est assez long comme cicatrisation. On passe aux urgences pour savoir où se rendre sans vouloir déranger. On nous dit que c’est le bon endroit, l’infirmier me faisant comprendre que les argentins consultent pour bien moins que ça. Il me conseille de revenir la nuit car il n’y aura personne et que les médecins sont plus détendus ! On fait un tour le temps de trouver un bivouac et sur un dos d’âne, une déflagration retentit. Hélène pense qu’on nous a tiré dessus ou à une pierre jetée sur Hari, je pense à un tuyau qui a cédé. C’est en fait l’amortisseur qui après 100 000kms de bons et loyaux services dont 70 000 d’Amérique du sud, rend l’âme. J’ai tardé à le changer et me voilà rattrapé.
On se gare devant les urgences. Je suis pris de suite. Le médecin urgentiste est emballé par le voyage, fait venir une infirmière pour qu’on en discute à trois, me fait un pansement désinfectant en me rassurant sur la douleur, une liste des sites à visiter absolument dans sa province des missions et me raccompagne à la sortie. Je souhaite régler mais il me fait comprendre que c’est pour lui ! Et ben, impeccable le service argentin. On dîne face à la ria et… aux urgences (flemme de se déplacer çà minuit) avec de l’excellent poisson du port (5 euros le kilo de poisson frais). La nuit est agitée mais ce sera la seule.
Le lendemain, on part faire une excursion en zodiac sur la ria: falaises de cormorans, rochers d’otaries avec un splendide nouveau né de 4 jours puis pause goûter-maté au milieu des manchots.
Le temps est beau, les enfants sont ravis. Seul bémol: nous sommes venus pour voir les dauphins de Commerson qui nous ont boudé en traversant le détroit de Magellan, nargué à Puerto San Julian et alors que la ria est LE spot pour les voir, seul le dos d’un adulte se montrera brièvement. Pas de chance nous dira le guide. On ne peut pas tout avoir mais on est déjà bien contents. Surtout qu’au retour, on déniche un fromage de chèvre fermier descendu de Cordoba !
On trouve le soir un bivouac sur un bord de falaise avec vue plongeante sur la ria, histoire de déguster comme il se doit notre trouvaille. Le coucher de soleil est fantastique et on s’endort au bruit des cormorans.
Le lendemain, nous glandons toute la journée au soleil avec juste une petite randonnée d’une heure pour faire semblant. On bouge le soir pour dormir dans un beau canyon conseillé par nos amis les géonautes. Le lieu est superbe et nous sommes seuls… ou presque. Alors que nous nous installons, je vois des randonneurs lourdement chargés se placer un peu plus loin. Qui peut bien randonner jusqu’ici, hors des sentiers battus ? Je me déplace pour leur proposer frigo, eau chaude et aide en général mais alors que je déploie mon meilleur “castechano” (langue dérivée du castillan et usitée dans ce pays), on me répond ‘”bonsoir”. Damien et Camille sont de Cahors et écument l’Amérique du Sud pour 4 mois. Allez, apéro et dîner sous les étoiles ! Ils repartiront le lendemain, à la fraîche.
Troisième jour et petite randonnée le matin dans le canyon: histoires pour Manon et récolte de bois pour l’asado de l’anniversaire de papa qui se profile (on ne sait jamais si on trouvera du bois plus tard). On passe en ville pour les pleins car le départ est décidé pour le lendemain et qui croise t-on dans les rues: nos randonneurs avec leurs 40 kgs sur le dos. On leur propose le taxi pour le lendemain et après une dernière nuit merveilleuse dans la ria, bercés par les cris des mouettes, cormorans, pingouins et otaries qui nous font face, on quitte notre port désiré.
Balnearium petrolero
Destination Comodoro, 300kms plus au Nord. On doit d’abord déposer Camille et Damien à Caleta Olivia sur la route, endroit que l’on connait pour sa colonie d’otaries. Faut qu’on leur montre ! On s’arrête donc pour le déjeuner devant les lions de mer, comme ils disent ici mais ils sont tellement beaux à voir nager, tellement actifs ce jour là qu’on ne se lasse pas du spectacle. Les enfants s’éclatent sur la plage et le bus de nos compagnons est à 21h. Bon, ben… on reste ? On ira faire voir nos amortisseurs un autre jour.
On dépose finalement les “backpackers” vers 18h à la gare routière. Derniers conseils, derniers échanges. Peut-être nous reverrons-nous sur la carretera mais en attendant: bonne route à vous !
Nous filons vers Comodoro et retrouvons notre bivouac de Rada Tilly, la banlieue chic de Comodoro. On profite avec bonheur de la plage avec les enfants et nous ne sommes pas les seuls. Joggeurs body-buildés, mannequins, audi flambant neuves: l’argent du pétrole s’exhibe ici. On apprendra qu’un trentenaire “petrolero” gagne ici 25 à 30 000 pesos par mois soit entre 4 et 5000 euros ! Le coût de la vie explose dans cette cité et celui des… pièces de rechange aussi ! L’amortisseur coûte deux fois le prix d’en France mais je n’ai pas trop le choix. On passe une journée “garage” assez difficile puisqu’on nous a vendu dans un premier temps une pièce qui n’est pas la bonne et qu’il n’y a rien de disponible pour Hari ni chez Ford ni chez le plus gros revendeur de pièces de la ville. Heureusement dans l’après-midi, le garagiste débrouillard nous trouve une autre marque, me balade dans la ville pour aller chercher la pièce, force le premier vendeur à me reprendre la mauvaise référence et ne me facture pas tout ce temps imprévu ! Merci Daniel ! Nous voilà prêt pour la carretera. Avant cela, nous fêtons le soir plusieurs évènements: Machi a 35 ans et Laeti… un an de plus, mais surtout (désolé les amis, il y a des priorités), Manon perd sa première dent (une incisive du bas si vous voulez tout savoir) ! On la voyait bouger depuis plusieurs semaines et sur une bouchée de banane, celle-ci s’échappe direction.. l’estomac ! Mince ! Bon, on prépare un joli message pour la petite souris et ouf, le lendemain, l’oreiller est garni comme il se doit. Mais les évènements se bousculent et le même jour, nous devons fêter mon anniversaire. Nous décidons de le fêter au camping pour bénéficier de l’asado et d’internet.
Nous y faisons la connaissance de Nicole et Michel. Michel a 72 ans et ils voyagent en 4×4 avec tente de toit. Ce sont de vrais baroudeurs, Nicole ayant arpenté pendant 8 ans les montagnes de Papouasie Nouvelle Guinée pour soigner les tribus les plus reculées et Michel ayant passé une partie de sa vie de part le monde pour le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies. Ils sont en Amérique du Sud depuis 3 semaines et le moral est bas. Michel ressent beaucoup de fatigue dans ce voyage et leurs premiers bivouacs n’ont pas été très agréables. Nous les invitons à notre table et ce sera un plaisir de les écouter parler de leur vie incroyable. Nous passons une très bonne soirée autour d’un excellent repas préparé par Hélène. Nous leur donnons toutes les informations que nous possédons et cela requinque le couple que nous quittons motivés et décidés à appliquer leur première résolution: prendre le temps. C’était un vrai plaisir d’avoir pu donner aux autres pour cet anniversaire. Accompagné de vos mails, d’un bisou de Noé, d’un dessin de Manon et d’un sourire d’Hélène, pas besoin de plus. Je passe la barre des 35 ans, serein et détendu, en Patagonie, au son de l’océan.
De la pierre dans les yeux et sous les roues
Le lendemain, nous quittons pour un bon bout de temps la façade atlantique pour partir plein est vers le Chili. Quand je demande à Noé ce qu’il veut voir en chemin, il me répond: “Encore les otaries et les étoiles !”. A ça, mon grand, justement c’est fini puisqu’on quitte l’Atlantique et qu’on file sur la carretera, connue pour son ciel couvert. Mais en chemin nous leur préparons une surprise: la visite d’une forêt pétrifiée et d’un parc de dinosaures.
On arrive ainsi à Sarmiento, localité arrosée par de grands lacs et où paissent des vaches (signe d’abondance d’eau). Autrefois Sarmiento était un gigantesque verger et potager, inondant la Patagonie de primeurs. Mais fut découvert le pétrole et les estancias abandonnèrent le maraichage. Aujourd’hui tous les fruits et légumes, sans saveurs, bien brillants, droits et traités viennent du nord de l’Argentine… On déniche quand même un petit marché local et deux merveilles: des tomates “maison” et du basilic. Quel bonheur de retrouver le goût (un petit peu) des tomates de l’AMAP ou de quelques coins de Bolivie !
On visite comme prévu la forêt pétrifiée, vaste champ désertique aux allures lunaires où gisent ça et là des troncs, parfois entiers, d’arbres millénaires, transformés en pierre.
Pour Noé et Manon, c’est la vallée des dinosaures et c’est son seul intérêt. Un seul but dans la journée: le parc à dinosaures. Et le soir, nous avons le droit à une visite guidée pour nous seuls au milieu des reconstitutions de carnotaurus, megaraptor et leur plat du jour: des ruminants de toute taille. Manon ne se trompe pas une fois à la question du guide: carnivoro o herbivoro ? Les chenapans se couchent heureux.
Il fallait bien leur offrir ça car rejoindre l’Argentine n’est pas chose aisée: 200 kms de ripio, d’un coup, un exploit pour nous. Épuisant et longuet mais les enfants sont adorables. On s’offre une pause en chemin pour aider un argentin à réparer son tuyau d’alimentation en essence, sectionné par une pierre. Merci la caisse à outils des étrangers ! On finit à la nuit tombée à la frontière, tout excités car le lendemain nous savons que nous rejoignons la cohorte de familles qui remonte la carretera australe: copains pour les enfants, asados, apéros et soirées jeux en perspective. On va voir ça…


